Concession automobile : les bonnes raisons de gérer sa e ...

Mexique : Manifs de masse contre la hausse de l’essence

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Le Bolchévik nº 219 Mars 2017
Mexique : Manifs de masse contre la hausse de l’essence
Nous reproduisons la traduction d’un supplément du journal Espartaco de nos camarades du Grupo espartaquista de México (GEM) précédé d’une introduction de nos camarades américains parue dans Workers Vanguard (n° 1104, 27 janvier).
Des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue partout au Mexique depuis le 1er janvier pour protester contre le gasolinazo, l’annonce d’une augmentation pouvant aller jusqu’à 20 % du prix de l’essence décrétée par le gouvernement PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) du président Enrique Peña Nieto. Cette attaque contre les travailleurs, les paysans et les pauvres du Mexique a provoqué les plus grandes mobilisations de toute l’histoire dans un certain nombre d’Etats fédéraux et de villes. Dans les Etats frontaliers des Etats-Unis, les manifestants ont à plusieurs reprises bloqué les gares de péage et les postes-frontières.
Le black-out médiatique quasi-total sur ces manifestations aux Etats-Unis n’est pas un hasard. La bourgeoisie impérialiste américaine s’inquiète visiblement de l’instabilité persistante au sud de la frontière et veut maintenir les travailleurs américains dans l’ignorance des luttes menées par leurs frères et sœurs de classe mexicains. La peur et la révulsion suscitées par le nouveau président Donald Trump, qui ne rate pas une occasion de dénigrer le peuple mexicain, est un facteur supplémentaire des protestations au Mexique. Les tirades protectionnistes de Trump ont déjà conduit Ford et General Motors à reconsidérer leurs investissements au Mexique. Pendant ce temps, le peso mexicain, déjà orienté à la baisse, a atteint son plus bas niveau historique ces dernières semaines après les déclarations contre le Mexique de Trump et de son nouveau ministre du Commerce. Le prolétariat multiracial des Etats-Unis a une obligation particulière de s’opposer aux déprédations du mastodonte impérialiste américain qui condamne des millions de travailleurs et de paysans mexicains à la faim et au chômage, que ce soit sous les administrations démocrates ou républicaines.
Le gasolinazo a été provoqué par la suppression progressive du contrôle des prix dans le cadre de la réforme du secteur de l’énergie approuvée par le Congrès mexicain en 2013. Cette réforme antisyndicale a ouvert aux investissements étrangers la PEMEX, la compagnie pétrolière nationalisée. La décision de vendre la PEMEX s’inscrit dans la vague de privatisations exigées par les capitalistes américains pour ouvrir le marché mexicain à un pillage impérialiste illimité. L’accord de libre-échange ALENA sert à cela depuis longtemps ; il a provoqué la dévastation des campagnes mexicaines et énormément accru la pauvreté dans les villes. Les travailleurs des Etats-Unis doivent s’opposer à l’ALENA par solidarité avec les exploités et les opprimés du Mexique. L’opposition prolétarienne et internationaliste à l’ALENA n’a rien de commun avec le protectionnisme chauvin de Trump et des chefs de l’AFL-CIO [la centrale syndicale américaine].
Les luttes pour des révolutions ouvrières au Mexique et aux Etats-Unis sont intimement liées, notamment par l’intermédiaire des millions d’immigrés mexicains qui constituent une composante importante du prolétariat des Etats-Unis. Pour surmonter les divisions entre les travailleurs nés aux Etats-Unis et les immigrés, divisions qui sont autant d’entraves pour la classe ouvrière, il faut lutter contre le racisme anti-immigrés attisé par les capitalistes, qu’ils soient démocrates ou républicains. Aucune expulsion ! Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés !
L’augmentation allant jusqu’à 20 % du prix de l’essence décrétée par le gouvernement détesté d’Enrique Peña Nieto est la conséquence des privatisations ; elle condamne à la misère et à la faim les masses mexicaines déjà pauvres. Le gouvernement bénéficie du soutien du PAN [Parti d’action nationale, le parti de droite clérical] et de la majorité des députés du PRD [Parti de la révolution démocratique]. Si on la rapporte au salaire minimum, l’essence aujourd’hui au Mexique est parmi les plus chères du monde. On s’attend à une augmentation significative des prix des denrées alimentaires. Les tarifs des transports publics, déjà exorbitants notamment à l’extérieur de Mexico, ont déjà augmenté, ainsi que ceux de l’électricité.
S’ajoutant à la dégringolade du peso par rapport au dollar, il semble que le gasolinazo a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis le 1er janvier, le mouvement de colère s’est étendu à tout le pays. Il y a eu des manifestations de masse dans des dizaines de villes – par exemple 20 000 personnes à Monterrey le 5 janvier, 40 000 à Mexicali le 15 et 60 000 à Guadalajara le 22. Le 22 janvier également, plus de 5 000 ouvriers, principalement membres de la section syndicale 271 du syndicat des mineurs et des sidérurgistes, ont manifesté dans la ville portuaire de Lázaro Cárdenas, dans l’Etat de Michoacán. Des terminaux de la PEMEX ont été bloqués dans au moins neuf Etats. Le nœud ferroviaire à la frontière entre l’Etat mexicain de Sonora et l’Etat américain de l’Arizona a été paralysé, ce qui a perturbé plusieurs jours durant les importations et exportations. Le gouvernement a réagi par un déploiement massif de policiers, les chiens de garde de la bourgeoisie. La répression a été brutale, avec plus de 1 500 arrestations et au moins cinq morts. Libération immédiate de toutes les personnes arrêtées !
Pour lutter contre cette crise provoquée par les capitalistes mexicains et leurs parrains impérialistes, il faut mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière, à la tête de tous les opprimés, contre ce système d’exploitation et d’oppression inhumain. La classe ouvrière, qui fait fonctionner tout le mécanisme du capitalisme industriel moderne, a une gigantesque puissance sociale qui provient de son rapport aux moyens de production. Le Grupo Espartaquista de México lutte pour construire un parti ouvrier révolutionnaire sur le modèle du Parti bolchévique de Lénine et Trotsky, qui a conduit au pouvoir le prolétariat en Russie pendant la Révolution d’octobre 1917. Dans cette perspective, nous avançons aujourd’hui un programme d’action prolétarienne basé sur des revendications faisant le lien entre les besoins immédiats des masses et la lutte pour détruire le système capitaliste tout entier par une révolution socialiste.
Contre l’austérité et le chômage, les travailleurs doivent exiger une échelle mobile des salaires pour compenser la hausse du coût de la vie ! Du travail pour tous grâce à la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire ! Contre le gasolinazo et la paupérisation galopante, pour des comités de contrôle des prix, composés de délégués d’usines, des syndicats, des coopératives, des organisations paysannes et de la population pauvre des villes ! Contre le pillage impérialiste, la classe ouvrière doit lutter pour la nationalisation des industries clés comme l’énergie. Expropriation des banques, des compagnies de distribution d’eau, de gaz, d’électricité et de télécommunications, des transports et des ports !
Face à ces revendications, la bourgeoisie dira qu’elle ne peut pas donner du travail à tous ou assurer à toutes les familles une alimentation, un logement et des conditions de vie décentes, étant donné que cela écornerait ses profits. Cela montrera aux masses que le système capitaliste mérite de périr, et que pour imposer des mesures simples et rationnelles comme celles-ci il faut exproprier les expropriateurs, la bourgeoisie tout entière. Nous cherchons ainsi à diffuser un niveau de conscience révolutionnaire parmi les travailleurs et à détruire les illusions colportées par les populistes bourgeois du PRD et de Morena [le Mouvement pour la régénération nationale d’Andrés Manuel López Obrador, ancien candidat du PRD à l’élection présidentielle] : ceux-ci font croire que l’on pourrait réformer le système capitaliste pour le mettre au service des intérêts des exploités et des opprimés. Il faut abolir la propriété privée des moyens de production par une révolution socialiste qui instaurera un gouvernement ouvrier et paysan.
Trump et Peña Nieto : quand le maître congédie le laquais
Depuis des dizaines d’années, la bourgeoisie mexicaine et ses gouvernements obéissent servilement aux diktats impérialistes. Ils ont livré l’économie mexicaine à un pillage sans frein de la part de la bourgeoisie des Etats-Unis grâce à des privatisations massives, à l’élimination des subventions agricoles, à des attaques contre les syndicats et surtout grâce à l’ALENA, un traité mettant en coupe réglée le Mexique. En même temps, une poignée de capitalistes mexicains se sont enrichis dans l’ombre de leurs maîtres. Le résultat pour les masses ? Des campagnes dévastées et un désespoir croissant parmi les millions de paysans qui y vivent encore, et dont beaucoup appartiennent à des peuples indigènes misérables et opprimés. Sans compter un chômage de masse que dissimule à peine l’« économie informelle », et une dépendance accrue envers l’importation des produits alimentaires de base. La raison d’être de l’ALENA est de renforcer les impérialistes nord-américains face à leurs rivaux européens et japonais. Tandis qu’au Mexique l’ALENA n’a apporté qu’une misère affreuse et généralisée, aux Etats-Unis et au Canada il a servi aux bourgeoisies impérialistes d’instrument pour attaquer le niveau de vie de la classe ouvrière, provoquer des licenciements massifs et affaiblir gravement les syndicats.
Mais les maîtres impérialistes en réclament toujours davantage. En exigeant une renégociation de l’ALENA à l’avantage des impérialistes, sur la base d’un protectionnisme féroce, le démagogue raciste Trump semble vouloir abandonner ses laquais bourgeois mexicains à leur sort en exigeant une renégociation de l’ALENA à l’avantage des impérialistes. Mais il ne faut pas oublier un instant que c’est le démocrate Bill Clinton qui a été à l’initiative de l’ALENA et l’a signé. C’est sa femme Hillary, quand elle était ministre des Affaires étrangères d’Obama, qui a conçu le plan de privatisation du pétrole mexicain. Et c’est Obama, qui était jusqu’à récemment « expulseur en chef », qui a battu le record d’expulsions ordonnées par un président américain : plus de deux millions. Le Parti démocrate et le Parti républicain sont tous deux des partis de l’impérialisme américain.
Dans une déclaration commune publiée par la Spartacist League/U.S., la Trotskyist League/Ligue trotskyste du Canada et le Grupo Espartaquista de México, sections de la Ligue communiste internationale, nous écrivions : « La lutte contre l’ALENA est une bataille contre la domination du Mexique par l’impérialisme américain ». Nous ajoutions : « Nous appelons les travailleurs mexicains, américains et canadiens à s’unir pour s’opposer à ce pacte anti-ouvrier » (Workers Vanguard n° 530, 5 juillet 1991). Non seulement cela reste vrai un quart de siècle plus tard, c’est même devenu encore plus urgent.
Nous, trotskystes, ne tirons pas un trait d’égalité entre le protectionnisme dans les pays néocoloniaux, où il représente une mesure d’autodéfense nationale, et le protectionnisme des impérialistes, qui attise le chauvinisme et vise à renforcer la domination d’une ou l’autre bourgeoisie impérialiste. Nous sommes contre la privatisation du pétrole, qui a pris effet juridiquement il y a déjà trois ans, même si les investissements impérialistes tardent à se concrétiser. Nous disons : A bas la privatisation de l’industrie de l’énergie ! Dans le contexte de la nationalisation de l’industrie pétrolière décrétée en 1938, James P. Cannon, le fondateur du trotskysme américain, déclarait dans un discours prononcé la même année au Mexique :
« Nous savons que nous ne pouvons pas renverser les impérialistes d’Amérique sans l’aide des Latino-Américains qui sont opprimés par ce même impérialisme […]. « L’expropriation des compagnies pétrolières est un acte qui inspire les travailleurs du monde entier. Il est regrettable que vous soyez obligés de payer ces brigands qui ont volé au Mexique ses ressources naturelles. En principe, la Quatrième Internationale est en faveur de l’expropriation des capitalistes sans aucune compensation. Si le peuple mexicain doit verser des compensations, c’est parce qu’il n’a pas encore reçu suffisamment de soutien de la part des travailleurs aux Etats-Unis. »
La bourgeoisie mexicaine et les impérialistes cherchent, avec la privatisation, à casser le syndicat des ouvriers du pétrole – une privatisation que la bureaucratie procapitaliste du syndicat a soutenue de façon criminelle. Ceci montre la nécessité urgente de lutter pour une nouvelle direction des syndicats, une direction lutte de classe qui soit indépendante de tous les partis bourgeois, que ce soit le PRI, le PAN, le PRD ou Morena.
Pour un gouvernement ouvrier et paysan !
Les manifestations actuelles ont pour principal mot d’ordre, qu’on entend maintenant depuis plusieurs années : « Peña Nieto, dehors ! » Peña Nieto doit effectivement dégager. Mais son remplacement par un populiste bourgeois comme AMLO [Andrés Manuel López Obrador] ou ses anciens collègues du PRD (sans parler des réactionnaires cléricaux et néolibéraux du PAN) n’apportera aucune amélioration substantielle pour les masses exploitées et opprimées. En fait, la raison fondamentale que Peña Nieto a donnée pour justifier le gasolinazo était que le Mexique, un pays exportateur de pétrole, importe plus de la moitié de l’essence qu’il consomme. C’est un exemple de l’incapacité fondamentale de la bourgeoisie mexicaine à développer les forces industrielles du pays.
Indépendamment de qui est au gouvernement et sur quel programme, le Mexique capitaliste continuera d’être un pays néocolonial asservi par l’impérialisme, soumis aux crises des marchés et aux fluctuations erratiques du prix du pétrole brut. Comme l’explique Trotsky avec la théorie de la révolution permanente, il n’est pas possible de briser le joug impérialiste ni de satisfaire les besoins de la population sous le capitalisme.
Les bourgeoisies de tous les pays à développement capitaliste retardataire sont absolument incapables de rompre avec l’impérialisme. Comme nous l’a enseigné Lénine, l’impérialisme est un système mondial d’exploitation et d’oppression dominé par les grands monopoles du capital financier soutenus chacun par son propre Etat-nation avec son armée et sa marine. Du fait de la pénétration impérialiste, le Mexique est un pays au développement inégal et combiné, où les techniques de production modernes coexistent avec la misère et l’arriération rurales.
Indépendamment de leurs divergences idéologiques, les bourgeoisies du tiers-monde sont attachées aux impérialistes par des milliers de liens, et elles sont trop faibles pour briser leur propre subordination. L’intérêt de la bourgeoisie est toujours de créer du profit – le système capitaliste tout entier a pour objectif de remplir les poches d’une poignée de richards. La classe ouvrière est la seule classe qui a la puissance sociale et l’intérêt de classe nécessaires pour détruire le capitalisme. Sous la direction d’un parti d’avant-garde léniniste-trotskyste et grâce à la révolution socialiste, la classe ouvrière pourra remplacer le système capitaliste par un régime ayant pour but de satisfaire les besoins de la population.
Le cœur de l’Etat bourgeois, ce sont des bandes d’hommes armés (la police, l’armée, les tribunaux et les prisons) qui défendent le système d’exploitation capitaliste. Il faut le détruire et construire un nouveau pouvoir d’Etat qui défendra le pouvoir de la classe ouvrière comme nouvelle classe dominante, avec derrière elle les pauvres des campagnes et des villes. Seul un gouvernement de conseils d’ouvriers et de paysans pauvres peut satisfaire les aspirations des masses à l’émancipation sociale et nationale.
Notre perspective, c’est la révolution permanente. Dans ce cadre, nous savons que pour défendre de telles conquêtes et avancer sur la voie du socialisme il faut lutter pour l’extension internationale de la révolution, et plus particulièrement son extension au colosse impérialiste que sont les Etats-Unis. D’un autre côté, une révolution au Mexique aurait un effet électrisant sur le prolétariat multiracial des Etats-Unis. Tout comme les travailleurs mexicains doivent rompre avec les lâches nationalistes bourgeois dans leur propre pays et reconnaître dans le prolétariat des Etats-Unis leurs frères de classe, les ouvriers américains doivent comprendre que leurs intérêts coïncident avec ceux du prolétariat mexicain, et avec ceux des prolétaires de tous les pays ; ils doivent rompre avec la politique des bureaucrates syndicaux traîtres dont la loyauté va au Parti démocrate impérialiste.
Il faut libérer la puissance de la classe ouvrière derrière une direction lutte de classe !
La plus grande partie de l’industrie moderne et de l’industrie lourde mexicaine (à l’exception, jusqu’à présent, du pétrole et de l’électricité) résulte des investissements impérialistes et est orientée vers l’exportation, avant tout vers les Etats-Unis. Comme l’expliquait Trotsky dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste » (1940) : « Dans la mesure où le capital étranger n’importe pas de travailleurs mais prolétarise la population indigène, le prolétariat national joue rapidement le rôle le plus important dans la vie du pays. » La bourgeoisie crée son propre fossoyeur : l’ALENA a grossi les rangs du prolétariat industriel – le Mexique est par exemple aujourd’hui le quatrième exportateur mondial de voitures. Les économies mexicaine et américaine sont profondément imbriquées, et c’est quelque chose que la classe ouvrière peut utiliser à son avantage. Si les ouvriers de l’automobile mexicains faisaient usage de leur puissance sociale, ils pourraient paralyser tout l’appareil de production automobile des Etats-Unis.
Les syndicats sont actuellement affaiblis par l’offensive néolibérale qui dure depuis des années, et notamment par des défaites historiques comme la destruction du syndicat mexicain des ouvriers électriciens et les privatisations massives. En même temps, les manifestations actuelles sont politiquement dominées par des populistes bourgeois et (particulièrement à Mexico) par des éléments élitistes petits-bourgeois. Il est urgent que les syndicats se mobilisent pour défendre leurs propres intérêts et ceux de tous les pauvres. Des grèves menées par des secteurs puissants du prolétariat mexicain, comme le syndicat des mineurs ou celui des ouvriers du pétrole, pourraient faire trembler la faible bourgeoisie mexicaine et contrer les attaques de l’Etat bourgeois visant à affamer et réprimer la population. Il faut pour cela mener une lutte politique contre les bureaucraties procapitalistes qui enchaînent les syndicats aux partis et aux caudillos bourgeois, et les remplacer par une direction lutte de classe. Pour l’indépendance politique du mouvement ouvrier ! Pour commencer à affronter les attaques antisyndicales, il faut lutter pour syndiquer les non-syndiqués, y compris les salariés employés par des sous-traitants.
Le Grupo Internacionalista, comme les patrons, veut détruire le syndicat des ouvriers du pétrole
Le gouvernement est en train d’essayer de vendre des concessions pour les plates-formes pétrolières. Avec l’attaque actuelle, il cherche à lever le contrôle des prix sur les produits pétroliers pour augmenter la rentabilité des actifs dans ce secteur qu’il est en train de mettre aux enchères. Il doit démontrer à ses maîtres impérialistes qu’ils pourront tirer suffisamment d’argent du sang, de la sueur et des larmes des masses mexicaines. C’est également une attaque contre le syndicat des ouvriers du pétrole. Le journaliste de Televisa [une des grandes chaînes de télévision] Carlos Loret de Mola s’est répandu sur le fait que derrière le « chaos » provoqué par les « blocages et saccages » il y aurait la main de ce syndicat. Pour le quotidien El Financiero (16 janvier), celui-ci « est devenu une entrave au développement national ».
Le Grupo Internacionalista (GI) s’est joint aux porte-parole de la bourgeoisie qui soutiennent la campagne pour détruire le syndicat des ouvriers du pétrole. Loin de défendre ce syndicat contre la nouvelle offensive patronale, le GI affirme dans un tract récent (daté par erreur de janvier 2016) « le caractère bourgeois des "syndicats" charros, qui ne sont rien d’autre que des façades syndicales intégrées à l’Etat capitaliste et qui jouent le rôle d’une véritable police du mouvement ouvrier pour réprimer toute tentative de résistance des travailleurs ». Si on laisse de côté la rhétorique, pour le GI le caractère de classe des syndicats mexicains est déterminé par le parti bourgeois auquel ils sont liés. C’est ainsi que d’après le GI, les syndicats « bourgeois » seraient ceux qui soutiennent le PRI, tandis que ceux qui soutiennent les nationalistes bourgeois du PRD ou de Morena sont bien des syndicats « authentiques ». Mais la bureaucratie du syndicat des travailleurs du téléphone, par exemple, dirigé aujourd’hui encore par l’inamovible Francisco Hernández Juárez, qui a applaudi la privatisation de l’industrie du téléphone il y a 25 ans, est tout autant charra [vendue] que celle du syndicat du pétrole. Pourtant, pour le GI le syndicat des travailleurs du téléphone est un syndicat ouvrier « authentique ». Où est la logique dans ces fantaisies du GI ? Le détail clé, c’est qu’Hernández Juárez soutient le PRD tandis que Romero Deschamps [le dirigeant du syndicat du pétrole] soutient le mauvais parti bourgeois (le PRI).
Le GI a dû subrepticement « corriger » une version précédente de son tract, presque identique à quelques changements près. Il a ainsi modifié une phrase où il qualifiait par inadvertance les syndicats corporatistes de « syndicats » [sindicatos], qu’il traite désormais de « corporations » [gremios], avant d’ajouter : « Il faut dépasser le corporationnisme » [gremialismo]. Pour le GI, c’est une manière politiquement lâche de dire qu’il faut détruire les syndicats corporatistes de l’intérieur – c’est-à-dire de faire le sale boulot pour le compte des patrons. Le GI explique également dans la version révisée de son tract que « la section syndicale 22, formée d’enseignants dissidents, peut jouer un rôle crucial pour que devienne réalité la lutte commune de diverses corporations de travailleurs contre l’offensive du gouvernement ». La CNTE [syndicat des enseignants dont fait partie la section 22], à la remorque de laquelle le GI s’est placé depuis des années, est liée au caudillo bourgeois AMLO par l’intermédiaire de sa propre bureaucratie. Bien entendu le GI ne mentionne pas le soutien de la CNTE à Morena et à AMLO quand il confère aux enseignants dissidents un rôle « crucial » pour syndiquer d’autres travailleurs. Donc pour le GI, « l’indépendance complète vis-à-vis de la bourgeoisie » ne sera réalisée qu’une fois que des secteurs puissants comme les ouvriers du pétrole se mettront eux aussi à la traîne d’AMLO. Et alors peut-être le GI leur accordera son imprimatur comme syndicats ouvriers « authentiques ».
Bien qu’ils aient une direction procapitaliste, la défense des syndicats (les organisations de base de la classe ouvrière) contre les attaques des patrons et de leur Etat est une condition minimum pour lutter pour l’indépendance politique du mouvement ouvrier. Nous ne tirons pas un trait d’égalité entre les ouvriers syndiqués et la bureaucratie, ni entre la bureaucratie et la bourgeoisie. La classe ouvrière doit faire le ménage elle-même ! Comme l’expliquait Trotsky dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste », la lutte pour la démocratie dans les syndicats « présuppose pour sa réalisation la complète liberté des syndicats vis-à-vis de l’Etat impérialiste ou colonial ». Il ajoutait : « Il est un fait certain que l’indépendance des syndicats, dans un sens de classe, dans leur rapport avec l’Etat bourgeois, ne peut être assurée, dans les conditions actuelles, que par une direction complètement révolutionnaire qui est la direction de la IVe Internationale. »
Hystérie bourgeoise contre les pillages
Lors des manifestations, certaines personnes ont profité de l’occasion pour se procurer quelques biens de consommation dans des grands magasins comme Elektra – qui appartient au magnat Ricardo Salinas Pliego, également propriétaire de TV Azteca – et dans des chaînes de supermarchés comme Aurrerá et Walmart. Certains ont apparemment réussi à récupérer leurs propres biens mis en gage chez d’infâmes usuriers. Cela s’est produit dans certaines des régions les plus pauvres du pays, notamment dans les Etats de Veracruz et Hidalgo, et dans les banlieues misérables de Mexico, comme Ecatepec et Zumpango. Les médias et une multitude de blogueurs petits-bourgeois ont mené une campagne de lynchage médiatique contre les « pillards ». AMLO a développé la ligne réactionnaire que le pillage constituerait une « stratégie fasciste ».
Comme un chœur de servants de messe, une grande partie de la gauche a joint sa voix aux vociférations de la bourgeoisie. Par exemple, les pseudo-trotskystes d’Izquierda Socialista [Gauche socialiste, liée à la Tendance marxiste internationale qui publie en France le journal Révolution] et du Movimiento de los Trabajadores Socialistas [la tendance « Révolution permanente » du NPA en France], qui sont à la remorque de Morena et d’AMLO, parlent d’infiltrations de partisans du PRI et d’actes de vandalisme. Cette hystérie n’est rien d’autre qu’une indifférence élitiste à la misère généralisée dans laquelle se trouvent d’énormes couches de la population. On a volé aux masses mexicaines leur pain, leur travail, leur terre et leur maison, et elles se battent maintenant pour survivre. Les quelques actes de pillage qui se sont produits début janvier au Mexique n’étaient ni une tactique radicale ni un crime du point de vue de la classe ouvrière ; ils reflétaient simplement le désespoir des pauvres. Les vrais pillards, ce sont ceux qui ont conduit le pays à la misère et à l’humiliation. Il faut mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière contre la répression !
La terrible oppression impérialiste que subissent les masses mexicaines a nourri les illusions nationalistes d’une fausse unité entre exploités et exploiteurs, sur la base d’un prétendu objectif commun de défendre la « patrie ». Le GEM lutte pour construire le parti prolétarien d’avant-garde qui aura pour tâche d’arracher les masses à l’influence de la bourgeoisie nationaliste-populiste, de combattre les illusions dans une réforme démocratique de l’Etat bourgeois et de canaliser les luttes des masses vers la prise du pouvoir par le prolétariat. Notre perspective, comme celle de Lénine et Trotsky, est internationaliste. Nous, les spartacistes de la Ligue communiste internationale, luttons pour reforger la Quatrième Internationale trotskyste et mener de nouvelles révolutions d’Octobre dans le monde entier.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/219/mexico.html
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De la crise de 1929 à la guerre - Aux origines du fascisme français

https://archive.is/Py29H Le Bolchévik nº 218 Décembre 2016
Deuxième partie
Nous avons publié dans le Bolchévik n° 217 la première partie de l’exposé fait par la camarade Melanie Kelly lors d’une réunion interne de la LTF en juin 2016. Dans cette première partie, qui s’appuyait, entre autres, sur les livres de Zeev Sternhell et Robert Soucy, elle a montré comment la première vague du fascisme français s’était développée après la Première Guerre mondiale. Inquiète de l’agitation ouvrière qui se développait et hantée par la Révolution russe de 1917, une partie de la bourgeoisie française craignait des troubles révolutionnaires tels que ceux qu’avaient vécus l’Allemagne ou l’Italie. Elle avait financé et encouragé le développement d’organisations fascistes dont le but était fondamentalement de briser le mouvement ouvrier organisé. Cette première vague de fascisme allait culminer durant les deux ans du gouvernement du Cartel des gauches (1924-1926). Mais, ayant réussi à stabiliser la situation, la bourgeoisie n’eut pas besoin d’y recourir et, avec la fin du Cartel, le financement se tarit et ces organisations périclitèrent.
Nous publions ci-dessous la deuxième partie de cet exposé, centrée sur les années 1930, revue pour publication.
Dans son livre le Fascisme français 1924-1933, Soucy fournit quelques explications supplémentaires sur l’échec de la première vague de fascisme en France. Après la Première Guerre mondiale, la menace révolutionnaire était plus faible qu’en Italie et en Allemagne, et le taux de syndicalisation plus bas. Le pacifisme attirait beaucoup plus que le militarisme. A ce moment une grande partie de la petite bourgeoisie est restée loyale envers le Parti radical.
La crise de 1929 toucha durement la France (avec un léger temps de retard) comme le reste de l’Europe. La convertibilité de la livre sterling en or fut suspendue en 1931 et l’économie mondiale s’enfonça dans une crise sans précédent qui allait aboutir à la Deuxième Guerre mondiale. Cette crise fut un facteur important dans le développement des nazis en Allemagne. Ceux-ci mobilisaient avec un succès croissant la petite bourgeoisie, ruinée et enragée par la crise, pour détruire le mouvement ouvrier organisé. Face à cette menace mortelle pour les travailleurs, la situation exigeait une offensive unie des organisations ouvrières contre les nazis. C’est ce que proposa Trotsky à plusieurs reprises, demandant que le Parti communiste allemand (KPD) mette en pratique la politique de front unique qui avait été introduite par l’Internationale communiste en 1921. Pour Trotsky, qui luttait à l’époque pour redresser l’Internationale communiste, le KPD devait proposer aux sociaux-démocrates du SPD de mobiliser en masse la classe ouvrière dans une offensive commune pour stopper les fascistes, ce qui renforcerait l’influence du KPD sur des couches de plus en plus larges du prolétariat et des opprimés et servirait de tremplin à une lutte de plus en plus audacieuse pour la révolution prolétarienne.
Les dirigeants sociaux-démocrates, plutôt que d’armer et de mobiliser la classe ouvrière pour écraser les fascistes, fuirent la lutte et pavèrent la voie aux fascistes en réprimant les communistes et en capitulant devant la bourgeoisie. Si le KPD avait proposé un tel front unique, les dirigeants du SPD se seraient retrouvés devant un dilemme : soit ils acceptaient, et la menace fasciste était balayée et la voie de la révolution ouvrière s’ouvrait ; soit ils refusaient, leur trahison était démasquée devant leur base, et la mobilisation révolutionnaire des travailleurs aurait alors été aidée par la démonstration dans la lutte que les communistes sont la seule direction conséquente de la classe ouvrière.
Mais la bureaucratie stalinienne (et le KPD) à l’époque considérait les partis réformistes sociaux-démocrates comme des « sociaux-fascistes » ( socialistes en parole, fascistes en acte ), estimait que la tactique de front unique, telle qu’elle avait été définie par Lénine et Trotsky en 1921, ne s’appliquait pas. La politique adoptée par les staliniens renvoyait en pratique les ouvriers sociaux-démocrates derrière leur direction traître, et escamotait le fait que les ouvriers organisés par la social-démocratie seraient aussi écrasés par les fascistes.
Cette politique sectaire des dirigeants du KPD, liée à la politique de capitulation des dirigeants du SPD, permit la prise du pouvoir par Hitler sans pratiquement qu’un seul coup de feu ne soit tiré. Et bientôt militants et dirigeants du KPD et du SPD remplirent les premiers camps de concentration.
Face à la catastrophe que représentait la prise du pouvoir par les nazis en 1933, et en l’absence de toute discussion ou réaction dans le KPD et dans l’Internationale communiste, Trotsky en conclut qu’il n’était plus possible de redresser celle-ci et qu’il fallait combattre pour une nouvelle internationale révolutionnaire, la Quatrième Internationale.
Le 6 Février 1934
Revenons à la France. La crise financière mondiale qui a nourri les nazis frappe aussi le pays. Le chômage y explose, passant en moins de deux ans de 2 % à plus de 15 %. Si la crise économique est très dure, elle n’est pas aussi sévère qu’en Allemagne et en Italie où l’industrialisation a été plus intense. Par exemple le taux de chômage reste moins élevé qu’en Allemagne où il avait grimpé à 44 %. Si en France les forts liens entre les villes et les campagnes atténuent l’impact de la crise, celle-ci fait tomber le gouvernement Laval et un nouveau Cartel des gauches revient au pouvoir en 1932. La SFIO (le Parti socialiste) ne fait pas partie du gouvernement, les Radicaux refusant leurs revendications – nationalisation des monopoles, un système national d’assurance contre le chômage et contre les aléas agricoles. Avec le nouveau gouvernement de gauche, la deuxième vague de fascisme se forme avec la fondation de Solidarité française en 1933, puis du Parti populaire français (PPF) en 1936.
Dans cette période de « contre-réformes économiques et politiques » et de « décomposition du système capitaliste », comme l’écrivait Trotsky, les gouvernements tombent les uns après les autres. La droite se met à exiger à grands cris une nouvelle constitution bonapartiste afin de réduire le pouvoir du parlement – pour mieux contrôler la classe ouvrière. Le 6 Février 1934 arrive dans ce contexte, exacerbé par l’affaire de fraude et de corruption de Stavisky. Le détonateur est la tentative du président du Conseil Daladier de remplacer par un socialiste le préfet de Paris, Chiappe (connu pour sa répression anti-ouvrière). En réponse, l’Action française appelle à une manifestation de masse, les autres mouvements fascistes et les ligues d’anciens combattants se joignant à l’appel. Le colonel de La Rocque revendique « un gouvernement propre sans aucun politicien quel qu’il soit » et la destruction de ce « gouvernement à la solde du drapeau rouge » qui « essaie de nous réduire à l’esclavage ». Au total il y a environ 40 000 manifestants mobilisés, en partie armés, dont l’objectif est la Chambre des députés. Il y a 16 morts parmi les fascistes et un policier est tué. C’est le plus sanglant affrontement dans Paris depuis la Commune.
Le PC organise le 9 février une contre-manifestation qui est brutalement réprimée – les flics tuent six ouvriers. La CGT appelle à une grève générale pour le 12 février et quatre millions d’ouvriers y participent. Pour la première fois depuis des années, des ouvriers socialistes et communistes marchent côte à côte. Daladier est remplacé par un gouvernement d’union nationale présidé par Doumergue, qui regroupe les principales figures de la droite parlementaire. Tout de suite Chiappe est renommé. Non seulement il est responsable de la police de Paris, mais il devient ministre de l’Intérieur. Pétain devient ministre de la Guerre.
Trotsky écrit sur le 6 Février que « les fascistes ont tiré […] sur l’ordre direct de la Bourse, des banques et des trusts. De ces mêmes positions de commande, Daladier a été sommé de remettre le pouvoir à Doumergue. Et si le ministre radical, président du Conseil, a capitulé – avec la pusillanimité qui caractérise les radicaux – c’est parce qu’il a reconnu dans les bandes [fascistes] de De La Rocque les troupes de son propre patron » (« La France à un tournant »).
Les écrits de Trotsky sur la France pendant cette période expliquent remarquablement les dangers et comment la seule issue à la dictature du capital est la révolution prolétarienne sous la direction d’un parti révolutionnaire. Il explique qu’avec le 6 Février la première étape pour aller de la démocratie au fascisme est franchie.
Il explique avec pédagogie le rôle de la petite bourgeoisie qui, conformément à sa situation économique, ne peut avoir de politique indépendante et oscille entre les deux classes fondamentales:
« Les fascistes montrent de l’audace, descendent dans la rue, s’attaquent à la police, tentent par la force de chasser le Parlement. Cela en impose au petit bourgeois tombé dans le désespoir. Il se dit : “Les radicaux, parmi lesquels il y a trop de coquins, se sont vendus définitivement aux banquiers ; les socialistes promettent depuis longtemps d’anéantir l’exploitation, mais ils ne passent jamais des paroles aux actes ; les communistes, on ne peut rien y comprendre : aujourd’hui c’est une chose, demain c’en est une autre ; il faut voir si les fascistes ne peuvent pas apporter le salut”. »
– « Où va la France ? »
Trotsky argumente que le prolétariat doit conquérir la confiance de la petite bourgeoisie selon le modèle de la Révolution russe, et que c’est seulement par l’expropriation des banques, des grandes entreprises, des industries clés, par un monopole du commerce extérieur, etc., qu’il est possible de venir en aide au paysan et au petit commerçant : « Et, pour cela, il [le prolétariat] doit avoir lui-même confiance en sa force. Il lui faut avoir un clair programme d’action et être prêt à lutter pour le pouvoir par tous les moyens possibles. » Fondamentalement, la lutte contre le fascisme exige un programme révolutionnaire pour contrer l’attrait du fascisme pour la petite bourgeoisie.
Le Front populaire
Avec le triomphe de Hitler et les menaces d’attaque impérialiste, la bureaucratie soviétique opère un tournant à 180°. Elle cherche à rassurer les puissances impérialistes « démocratiques » en réfrénant de façon calculée les mouvements révolutionnaires prolétariens en Europe. Et, sous couvert de lutter contre le fascisme, l’Internationale communiste demande que les PC fassent des alliances non seulement avec les sociaux-démocrates, mais aussi avec la bourgeoisie « anti-fasciste », allant jusqu’à participer à ses gouvernements. Pour les staliniens, le principal danger menaçant la classe ouvrière est devenu le fascisme, et pour eux le choix qui s’offre désormais au prolétariat n’est plus entre dictature du prolétariat et dictature de la bourgeoisie (sous toutes ses formes) mais entre démocratie bourgeoise et fascisme. La révolution socialiste n’est plus à l’ordre du jour. La signature du pacte Laval-Staline, un pacte d’assistance militaire franco-soviétique, est le signe de cette nouvelle ligne : le jour même, le PCF franchit le Rubicon, accordant son soutien à la « défense nationale » de l’impérialisme français et annonçant son vote pour les crédits militaires. Cela consacre le passage définitif du PCF au réformisme. Les effets dévastateurs de ce tournant amenant les PC à soutenir ou participer au gouvernement avec des partis bourgeois vont être mis en évidence en France pendant les grèves de juin 1936 sous le Front populaire : le PCF va signer avec la SFIO et les Radicaux un programme commun au nom duquel il va casser la grève générale après avoir obtenu de maigres concessions.
Trotsky met en garde le prolétariat qu’une alliance parlementaire avec les radicaux va « pousser la petite bourgeoisie dans les bras du fascisme ». Il accuse le PC de s’être jeté à droite en réaction au 6 Février, conformément à la diplomatie soviétique. Trotsky décrit le Front populaire comme une « compagnie d’assurance de banqueroutiers radicaux aux frais du capital des organisations ouvrières » (« La France à un tournant »). Contre le Front populaire, Trotsky invoque la règle du front unique selon le bolchévisme, « marcher séparément, frapper ensemble ! », qui est devenu avec les staliniens : « Marcher ensemble pour être battu séparément. »
La Solidarité française
Je reviens aux mouvements fascistes des années 1930 qui poussent comme des champignons à cette époque. En 1933 François Coty, millionnaire antijuif, lance la Solidarité française. Il met Jean Renaud, un ancien officier, à sa tête. Rapidement, les flics annoncent des effectifs de 180 000 militants. Ils participent aux émeutes du 6 Février.
Comme pour les autres organisations fascistes, la direction vient des classes supérieures et la base de la petite bourgeoisie. La Solidarité française exclut les étrangers et les Juifs mais elle cherche à recruter quelques ouvriers maghrébins pour compléter ses milices en exploitant les décrets Crémieux de 1870 qui avaient accordé d’office la citoyenneté française aux « israélites indigènes » d’Algérie alors que les « indigènes musulmans » devaient en faire la demande à l’âge de 21 ans et de plus renoncer volontairement à la charia. Son programme est similaire à celui des autres fascistes. La Solidarité française est pour l’expulsion de tous les immigrés juifs et pour renvoyer tous les ouvriers étrangers, sauf dans les services essentiels ; et bien sûr la question coloniale est importante. Taittinger appelle à imprégner du lait des conquistadors les bébés de la nation. Renaud a un langage un peu moins fleuri mais il insiste que les colonies doivent fournir les matières premières pour que les Français puissent vivre correctement.
Là aussi, dans les affrontements entre le PC et la Solidarité française, c’est souvent le PC qui écrase les fascistes. Par exemple, après le 6 Février, le PC attaque un meeting de la Solidarité française à Montreuil. Des centaines de communistes dispersent avec succès le meeting, les militants de la Solidarité française devant ensuite être escortés au métro par les flics. Fin 1933 Coty perd une partie importante de sa fortune, il doit vendre l’Ami du peuple dans les bureaux duquel la Solidarité française était installée. Bientôt son mouvement se désagrège sous l’effet de dissensions intestines.
Les Croix de Feu
Les Croix de Feu sont fondées en 1928, là aussi avec l’assistance de Coty, d’abord comme une organisation d’anciens combattants. Puis de La Rocque cherche un soutien de masse pour barrer la route au communisme. De La Rocque est issu d’une famille aristocratique, le fils d’un général. Il était en Pologne en 1920 avec Pilsudski pour combattre l’Armée rouge soviétique, puis au Maroc lors de la rébellion du Rif en 1924. Les effectifs progressent vite dans le contexte de la crise – de 5 000 membres en 1929 à 500 000 au début de 1936. Ils ont recruté après le 6 Février 1934 et encore plus après l’élection du Front populaire.
C’est une organisation militaire avec de La Rocque comme grand chef. Ses troupes s’appellent les « dispos ». Les financiers sont les mêmes – Coty, Tardieu, la Banque de France, quelques aristocrates, les patrons des chemins de fer et la Compagnie générale d’électricité dont de La Rocque est directeur. De Wendel et le Comité des forges la soutiennent aussi après 1934. L’ex-Premier ministre Tardieu a avoué que son gouvernement a aussi soutenu financièrement de La Rocque.
A l’été 1936, les Croix de Feu sont interdites et de La Rocque crée le Parti social français (PSF). De La Rocque nie que son organisation est fasciste et il affirme qu’elle est républicaine. En même temps, il présente les Croix de Feu comme la future armée blanche et salue les efforts de Mussolini et de Hitler pour écraser le bolchévisme.
Un des arguments pour justifier que de La Rocque et les Croix de Feu n’étaient pas fascistes est sa soi-disant modération sur la question juive. En réalité de La Rocque était profondément antijuif mais au début des années 1930, comme Taittinger et Valois, il cherchait à apaiser ses soutiens juifs. Le 14 juin 1936 le grand rabbin de France, Jacob Kaplan, organise un service religieux à la synagogue de la rue de la Victoire pour commémorer le patriotisme des soldats juifs tombés lors de la Première Guerre mondiale. De La Rocque arrive avec un membre de la famille Rothschild, et le service religieux est considéré comme un agrément donné aux Croix de Feu par le Consistoire juif de Paris. De nombreux bourgeois juifs craignent sans doute à ce moment davantage les occupations d’usines que les fascistes.
Dans les années 1930, les Croix de Feu deviennent de plus en plus antijuives, particulièrement en Alsace, un de leurs bastions. Leur journal local publie une caricature de Blum portant un uniforme nazi avec une étoile de David à la place de la croix gammée. Les affiches du PSF pour les élections en 1936 disent « Le Juif tue vos parents ». En Algérie, où de La Rocque a dû faire concurrence à Doriot pour gagner les colons, son organisation sue également la haine antijuive et multiplie les provocations. Dès 1941 sous Vichy, il affirme que les Juifs sont la principale source de corruption et qu’ils sont en train de « déchristianiser » la France.
Sous Vichy, de La Rocque abandonne ses prétentions républicaines. Il glorifie la noblesse de l’ancien régime et réclame une répression sans pitié contre ceux qui s’opposent à Pétain – les Juifs et les marxistes notamment.
Le PPF
Le dernier groupe fasciste important est le Parti populaire français de Jacques Doriot. C’est encore le grand exemple donné par Sternhell et d’autres idéologues bourgeois pour affirmer que le fascisme en France serait « de gauche » à l’origine. Pour Soucy, Doriot était surtout un opportuniste qui avait vu ses ambitions de devenir le grand dirigeant du PC contrecarrées par Thorez puis par Moscou.
Dès l’âge de 17 ans Doriot travaille comme métallurgiste à Saint-Denis, et il adhère au PC à 22 ans. Très vite il grimpe les échelons du parti et devient responsable de la jeunesse et membre du comité central en 1924. Après la mort de Lénine, il se rallie à Trotsky puis à Zinoviev et finalement à Staline. En 1931, Doriot devient maire de Saint-Denis, qui devient un bastion du PC et également son fief personnel. Il est le seul candidat communiste élu au premier tour lors des législatives de 1932. Il profite de ce succès pour se rendre à Moscou et dresser un bilan sévère de l’état du parti. Il met alors en valeur sa réussite personnelle afin d’obtenir la direction de toute la région parisienne, qui représente le tiers des effectifs du PC. Mais le Comintern ne lui donne pas satisfaction.
En 1934 il est accusé de préparer une scission sur une ligne de « front unique » (en fait de « front populaire »), ligne qui sera adoptée par le parti quelques semaines plus tard au moment où Doriot est exclu. Cette exclusion provoque chez Doriot un déchirement et une soif de vengeance. Il se présente aux élections de juin 1936 et est réélu mais cette fois-ci, c’est avec les voix du centre et de la droite. Pendant les grèves de 1936 sa mairie fournit aux grévistes des repas, mais il accuse le PC de chercher à fomenter une révolution. Six mois plus tard il dénonce les grèves comme une trahison envers la collaboration de classes.
Le PPF est lancé en 1936 à l’initiative de Gabriel Leroy Ladurie, représentant de la banque Worms qui cherche à construire un mouvement de masse pour briser le Front populaire. Plus tard, Pierre Pucheu (futur ministre des flics sous Vichy et responsable de la mort d’innombrables militants communistes) représente Worms et le Comité des forges au comité central du PPF. En 1936 il y a un certain nombre d’anciens du PC dans la direction – des hommes ayant rompu tout lien avec les intérêts de la classe ouvrière. Dès 1937 cette racaille se place au service des magnats, des millionnaires, etc. Le nouvel hymne du parti s’appelle « France, libère-toi ». C’est Joseph Darnand qui dirige les groupes de combat du PPF. Darnand deviendra sous Vichy chef de la Milice et responsable de la traque des résistants et des Juifs. Le PPF est le seul groupe qui, grâce à ses voyous et à ses relations avec la pègre à Marseille, repousse avec une certaine efficacité les attaques de ses meetings par le PC. En conséquence les capitalistes – banquiers, industriels de l’automobile ou des mines, etc. – s’empressent de le soutenir.
Les tentatives du PPF pour gagner la classe ouvrière sont un échec. En 1938 un rapport de la fédération du PPF de Renault explique : « Nous avons réalisé l’unanimité contre nous. » Pour 400 membres du PPF, il y avait 7 500 membres de cellules communistes. Le PPF a une petite base ouvrière et populaire relativement âgée – des ouvriers avec des dettes à rembourser ou qui cherchent du piston pour un emploi.
Jusqu’en 1938, Doriot prétend que son parti est républicain et pour une réforme de la IIIe République. En 1940 il est pour l’élimination totale de la façade démocratique. Avec le déclin du Front populaire, le soutien financier du grand capital diminue et les Juifs deviennent une cible principale, particulièrement en Algérie mais pas seulement. Si, au début, Doriot prétend accueillir les Juifs « assimilés » dans son mouvement (comme Le Pen avec les musulmans), dès 1938 le PPF multiplie les déclarations antijuives, et après l’armistice de 1940 ses militants brisent les vitrines de magasins juifs.
Pendant l’occupation allemande le PPF devient un des deux principaux partis français de la collaboration. Doriot contribue à la création de la « Légion des volontaires français contre le bolchevisme » (LVF) et combat avec les nazis sur le front russe, avant d’être tué en Allemagne en 1945.
La lutte contre les fascistes
Trotsky insiste que le prolétariat doit se préparer à la confrontation physique. La lutte contre le fascisme a besoin de la milice ouvrière comme la grève a besoin de piquets. Trotsky insiste qu’il faut assurer l’armement au moins de l’avant-garde prolétarienne dans des milices ouvrières. Or les dirigeants de la SFIO et du PC affirment qu’il faut combattre les fascistes par des moyens idéologiques et non par des moyens physiques – en fait ils entraînent les pires illusions dans l’Etat bourgeois.
On trouve ainsi dans les revendications centrales mises en avant par le PC : « Arrestation immédiate de Chiappe ; suppression de la préfecture de police, de la police politique et de la garde mobile » et l’appel à la « dissolution des ligues fascistes ». Comme l’explique au contraire Trotsky : « Mais faisons encore une hypothèse fantastique : la police de Daladier-Frossard “désarme” les fascistes. Est-ce que cela résout la question ? Et qui désarmera la même police, qui, de la main droite, rendra aux fascistes ce qu’elle leur aurait pris de la main gauche ? La comédie du désarmement par la police n’aurait fait qu’accroître l’autorité des fascistes, en tant que combattants contre l’Etat capitaliste » (« Où va la France ? »).
Les trotskystes en France s’appuient alors sur les arguments de Trotsky dans leur presse, en rappelant la nécessité de milices de la classe ouvrière et de l’armement du prolétariat pour lutter contre les fascistes. Ils essaient de mettre en pratique leur programme lors de leur entrisme dans la SFIO en 1934-1935. En effet, suite à la faillite de l’Internationale communiste en Allemagne contre Hitler, des ailes gauches se sont développées dans la plupart des organisations sociales-démocrates un peu partout dans le monde, en opposition à la passivité de leur direction. C’est le cas dans la SFIO où cette aile gauche s’est fortement développée, en particulier (mais pas seulement) dans la jeunesse. Pour l’approcher et la faire évoluer vers le marxisme révolutionnaire et la construction de la Quatrième Internationale, Trotsky avait proposé que les trotskystes entrent, drapeau déployé, dans la SFIO.
Etant victime des attaques des staliniens du PCF, la direction de la SFIO avait accepté de remettre en place un minimum d’autodéfense en 1929. Avec la montée des groupes fascistes, et leur virulence, des groupes d’autodéfense sont mis sur pied au début des années 1930. Mais c’est après le 6 Février 1934 que ces groupes se développent, en particulier en région parisienne où l’aile gauche est puissante. Ils s’organisent en une milice interne à la SFIO, les TPPS (Toujours prêts pour servir, voir le livre de Mathias Bouchenot, Tenir la rue, l’autodéfense socialiste 1928-1938, Libertalia, 2014). Cette milice regroupe les militants les plus activistes et les plus déterminés, assez souvent des ouvriers. Les trotskystes travaillent avec ces militants et essaient de les gagner à leur programme. Mais ils se font expulser de la SFIO à l’été 1935, avec la consolidation du Front populaire, quelques mois seulement après leur entrée ; quelques centaines de militants de la SFIO se retrouvent alors dans l’organisation trotskyste. Mais ce n’est qu’une partie de cette gauche, la grande majorité étant restée dans la SFIO, derrière Marceau Pivert.
Si une direction des TPPS, avec des trotskystes, a été mise en place, si des cadres et des militants ont commencé à se former militairement, les TPPS n’ont jamais dépassé le stade d’un service d’ordre partisan massif et discipliné. Les pivertistes n’avaient pas le programme de Trotsky, pour qui les milices ou la préparation de la grève générale avaient pour but de préparer la classe ouvrière à sa tâche historique, le renversement du capitalisme. Fondamentalement, les pivertistes se tournaient vers le gouvernement bourgeois, y compris concernant les ligues fascistes dont ils allaient demander la dissolution quand la SFIO se retrouva au pouvoir. « Pivert s’accroche à Zyromski, qui s’accroche à Blum, qui ensemble avec Thorez s’accroche à Herriot, qui s’accroche à Laval. Pivert entre dans le système du “Front populaire” », explique Trotsky en novembre 1935.
Les trotskystes français n’ayant qu’une implantation extrêmement faible dans la classe ouvrière, ils ne réussirent pas à organiser des mobilisations ouvrières de masse. C’est aux Etats-Unis que la politique de Trotsky a pu être appliquée de façon exemplaire. Le Socialist Workers Party, dirigé par James P. Cannon, réussit en 1939 à mobiliser près de 50 000 personnes pour protester contre un meeting fasciste au Madison Square Garden à New York. Les manifestants, qui n’hésitèrent pas à traverser les barrages policiers, purent administrer une bonne correction à de nombreux fascistes à la sortie de leur meeting. Cette tradition de mobilisations de masse contre les fascistes basées sur les syndicats ouvriers n’a guère de choses en commun avec la guérilla de services d’ordre que pratiquait la Ligue communiste (ancêtre du NPA de Besancenot et Poutou) dans les années 1970 contre les fascistes d’Ordre nouveau, précurseurs du FN. C’est au contraire en ligne avec la tradition du SWP américain que la LCI (à l’époque TSI) s’est appuyée pour organiser dans les années 1970 et 1980 aux Etats-Unis (et en décembre 1981 à Rouen) des manifestations ouvrières pour stopper les fascistes.
En guise de conclusion
Pour en revenir au débat d’aujourd’hui avec lequel j’avais commencé ce rapport, Soucy est d’accord avec Sternhell que la longue tradition du fascisme français a pavé la voie à Vichy et aidé à mettre en œuvre directement les mesures si cruelles et meurtrières de ce régime. Et c’est pour cela que ces deux historiens sont voués aux gémonies par les idéologues officiels issus de Sciences Po.
Si Sternhell est autant attaqué pour son livre Ni droite ni gauche c’est parce qu’il a aussi touché l’establishment bourgeois qui a prospéré après Vichy, comme les ex-cadres de l’Ecole d’Uriage, une institution officielle de Vichy pour former les élites du nouveau régime. Hubert Beuve-Méry, le fondateur et rédacteur en chef du Monde pendant 25 ans, est passé par Uriage, de même qu’André Rousselet, le fondateur de Canal Plus, et beaucoup d’autres encore qui voudraient faire oublier leur admiration pour Vichy et Pétain.
Un des ex d’Uriage est Emmanuel Mounier, dont Sternhell rappelle qu’il est considéré de nos jours comme un « saint républicain ». Mounier était le fondateur du magazine Esprit qui critiquait la décadence de la France dans les années 1930. Il attaquait le marxisme comme « un fils rebelle du capitalisme » relevant de « la tyrannie de la matière ». Ce monsieur « ni de droite ni de gauche » par excellence visite l’Italie en 1935, assiste avec des animateurs de la revue Ordre nouveau à un congrès de l’Institut de culture fasciste où il rend hommage à l’« aile vivante et audacieuse, radicalement anticapitaliste » du parti fasciste, en louant « sa sincérité, son ardeur, ses racines profondes dans le prolétariat ». Le réactionnaire Mounier est si profondément hostile à la Révolution française que, selon Sternhell, il a même reproché aux fascistes italiens leurs liens avec la tradition jacobine (son discours a ensuite été publié dans Esprit). Ce même magazine existe encore et un certain Emmanuel Macron est membre de son comité de rédaction. Un article publié dans le Monde en mai dernier place Macron « dans la continuité d’Emmanuel Mounier, [...] ce courant spirituel qui cherchait une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme » !
Pour finir, en 1935 Trotsky écrivait dans « Encore une fois, où va la France ? » : « Le développement du fascisme est en soi le témoignage irréfutable du fait que la classe ouvrière a terriblement tardé à remplir la tâche posée depuis longtemps devant elle par le déclin du capitalisme. » Il pointe là du doigt la responsabilité des réformistes et de la bureaucratie syndicale. Nous étudions cette question aujourd’hui pour continuer la lutte de Trotsky dans une période de crise et de menaces plus ouvertes contre les syndicats, sans parler des musulmans et des immigrés. Comme je le disais tout à l’heure, le fascisme est inhérent au capitalisme à l’époque de sa décadence impérialiste. La bourgeoisie française n’aura aucune hésitation à y avoir recours si elle se prend à craindre pour sa domination de classe face à une résurgence des luttes ouvrières. Il faut chercher à mobiliser maintenant la classe ouvrière et les opprimés pour stopper les provocations fascistes et leur renforcement. Mais fondamentalement, il faut réarmer la classe ouvrière avec le programme du marxisme. Pour en finir une bonne fois pour toutes avec le danger fasciste, il faut renverser la classe capitaliste tout entière par une révolution ouvrière. Cela exige de lutter pour forger un parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde, dans la tradition du Parti bolchévique de Lénine, qui avait mené la classe ouvrière russe à la victoire il y a bientôt 100 ans. C’est le sens profond de notre combat.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/218/fascisme.html
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La marginalisation des Métis et la lutte pour un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs en Afrique du Sud - Pour un parti léniniste d’avant-garde,tribun de tous les opprimés ! ( 2 - 2 ) (Juin 2016)

https://archive.is/oGtsB
L’emprise de la fausse conscience nationaliste sur le prolétariat est avant tout le produit du poids écrasant de l’oppression nationale que subit la majorité noire. Pour apporter une réponse à cette question brûlante et mobiliser les masses prolétariennes et plébéiennes contre les dirigeants traîtres nationalistes, nous avançons un programme pour une direction prolétarienne dans la lutte de libération nationale, exprimé dans le mot d’ordre d’un « gouvernement ouvrier centré sur les Noirs ».
Nous luttons pour gagner à ce programme les travailleurs métis qui ont une conscience de classe ainsi que d’autres militants antiracistes métis. Nous considérons que le combat pour la libération nationale de la majorité noire opprimée est la force motrice stratégique d’une révolution ouvrière pour mettre à bas le système raciste du néo-apartheid qui opprime tous les travailleurs non blancs. L’oppression des Métis (et des Indiens) est directement déterminée par la surexploitation du prolétariat noir, et toute lutte significative pour mettre fin à cette oppression implique nécessairement un combat pour la libération nationale de la majorité noire opprimée. De même, toute lutte significative pour la libération des Noirs implique un combat sans concession contre le nationalisme noir, qui est imbibé de préjugés anti-Métis et anti-Indiens. C’est essentiel pour construire un parti d’avant-garde léniniste-trotskyste racialement intégré qui puisse intervenir parmi toutes les couches opprimées et y lutter pour une direction révolutionnaire. Sous un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs les Métis, les Indiens, les Asiatiques et ceux des Blancs qui accepteront un gouvernement basé essentiellement sur les travailleurs noirs auront un rôle important à jouer et bénéficieront des pleins droits démocratiques.
Particulièrement pendant les premières années de néo-apartheid, beaucoup de militants de gauche sud-africains étaient très hostiles à notre mot d’ordre. Ils disaient qu’en reconnaissant l’existence de différences et de divisions au sein des masses non blanches, nous faisions écho à la ligne du régime d’apartheid qui menait constamment une politique de diviser pour régner entre les différents groupes raciaux, et qui cherchait à renforcer les identités tribales et ethniques. Parmi ces tendances de gauche, il y avait le New Unity Movement (qui allait donner plus tard naissance au Democratic Socialist Movement/Workers and Socialist Party) et les pseudo-trotskystes qui gravitent actuellement autour du « think tank » syndical ILRIG (International Labour Research and Information Group). Ces groupes adhéraient à l’illusion du « non-racialisme » de l’ANC. Ce faisant, ils niaient les manifestations bien réelles et spectaculaires des divisions raciales, nationales et tribales dans l’Etat du néo-apartheid de Mandela. Les fictions nationalistes sur la « nation arc-en-ciel » et la « construction de la nation » étaient pour eux autant de moyens de nier la réalité, parce que leurs programmes réformistes sont fondamentalement incapables de la changer.
C’est ainsi qu’en 1997 un groupe pseudo-trotskyste basé au Cap, la Workers International Vanguard League (WIVL, rebaptisée aujourd’hui Workers International Vanguard Party) nous avait écrit une « lettre ouverte » de 19 pages qui était en grande partie consacrée à ressasser l’affirmation calomnieuse et sinistre que « les spartacistes encouragent les divisions raciales en Afrique du Sud ». La WIVL s’opposait à notre mot d’ordre de gouvernement ouvrier centré sur les Noirs, parce que cela signifiait pour eux qu’« un gouvernement ouvrier en Afrique du Sud devrait avoir une garantie raciale inscrite dans sa constitution ». Dans notre réponse à la WIVL (reproduite, avec leur « lettre ouverte », dans notre brochure Hate Trotskyism, Hate the Spartacists n° 1, juillet 1998), nous faisions remarquer que ce « daltonisme racial » masquait en réalité une capitulation de la WIVL devant le communautarisme métis et un déni de la hiérarchie raciale structurelle du capitalisme sud-africain, avec son oppression spécifique des Africains noirs au bas de l’échelle sociale.
En Afrique du Sud, l’exploitation de classe et l’oppression nationale sont intimement entremêlées. Malgré l’existence d’un prolétariat métis numériquement significatif, notamment au Cap-Occidental, et d’une classe ouvrière urbaine indienne au Natal, l’écrasante majorité des ouvriers sont des Africains noirs. En attaquant notre mot d’ordre de gouvernement ouvrier centré sur les Noirs, la WIVL attaquait en fait Léon Trotsky lui-même. Celui-ci écrivait en effet dans son seul texte important consacré à l’Afrique du Sud, une lettre de 1935 à des révolutionnaires sud-africains :
« Mais il est absolument évident que la majorité écrasante de la population, affranchie de la dépendance servile, marquera l’Etat d’une empreinte déterminante.
« Dans la mesure où la révolution victorieuse changera radicalement les rapports non seulement entre les classes, mais aussi entre les races, et assurera aux Noirs la place dans l’Etat qui correspond à leur nombre, la révolution sociale en Afrique du Sud aura également un caractère national. »
Pour nous, la révolution prolétarienne en Afrique du Sud sera l’acte suprême de la libération nationale. Mais cela n’implique pas le moindre soutien politique au nationalisme en tant qu’idéologie, ni au projet de « construction de la nation ». L’Afrique du Sud n’est pas une nation mais un Etat issu du colonialisme ; elle inclut différents peuples et elle repose sur une hiérarchie raciale brutale. Les frontières de presque tous les Etats africains, l’Afrique du Sud y compris, ont été tracées arbitrairement par les puissances coloniales et elles n’ont aucune légitimité nationale. Les tribus et les peuples ont souvent été dépecés entre deux ou plusieurs pays tandis que deux ou plusieurs peuples antagonistes étaient souvent forcés de cohabiter à l’intérieur d’un même Etat. Une solution démocratique, égalitaire et rationnelle est impossible sous le capitalisme. La lutte pour un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs en Afrique du Sud fait partie intégrante de notre perspective d’une fédération socialiste d’Afrique australe.
Combattre l’idéologie nationaliste signifie s’opposer aux préjugés et aux stéréotypes chauvins sur les Métis qui sont monnaie courante parmi les Africains noirs, et que l’ANC, l’EFF et autres nationalistes encouragent. Dans beaucoup de langues africaines, des termes racialement péjoratifs comme amaBoesman (« homme de la brousse ») sont le terme habituel (et parfois unique) pour désigner les Métis. Il y aussi l’idée fausse mais très répandue que la population métisse serait simplement le produit du métissage entre Noirs et Blancs. Cette conception fausse s’accompagne souvent de préjugés anti-Métis : que les Métis « ne savent pas d’où ils viennent », qu’« on ne peut pas leur faire confiance », etc. Cela reflète l’acceptation de la notion des « races » comme des catégories biologiques intrinsèques et figées. Traditionnellement, cette idée fausse était mise en avant pour essayer de légitimer de façon pseudo-scientifique l’esclavage et l’oppression des Noirs en « prouvant » que ceux-ci étaient « inférieurs ». (Pour une réfutation de ces mythes dans le contexte américain, voir notre article « La “courbe en cloche” et le génocide made in USA », Black History and the Class Struggle n° 12, février 1995).
Les catégories raciales sont le produit de rapports sociaux humains et non de la génétique – ce qui signifie que les identités et préjugés raciaux sont façonnés par le développement historique spécifique de la société au sein de laquelle ils existent. La population métisse se compose d’un mélange complexe des différents peuples qui se sont installés en Afrique du Sud au fil des siècles : esclaves venus d’Afrique de l’Est, du sous-continent indien et de l’Asie du Sud-Est ; colons blancs originaires de Hollande et d’autres pays d’Europe ; Khoïkhoï, San et autres peuples autochtones.
Il existait bien une hiérarchie raciale complexe dans la colonie du Cap à l’époque de l’esclavage. Mais la consolidation de ces peuples divers en une population métisse telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est-à-dire en une caste de race-couleur de statut intermédiaire dans la hiérarchie raciale, s’est produite plus tard. Ce processus était étroitement lié à la formation d’une économie capitaliste en Afrique du Sud à la fin des années 1800. C’est ce que montre Ian Goldin dans son livre Making Race – The Politics and Economics of Coloured Identity in South Africa (1987) : « Ce n’est pas un hasard si la période qui a vu l’évolution d’une identité métisse distincte a aussi vu une transformation spectaculaire du travail », au fil des migrations de travail vers les villes de la colonie du Cap. Goldin décrit comment cette distinction est apparue parmi les travailleurs dans les années 1890 ; les employeurs sur les docks, dans les fermes et ailleurs ont alors divisé les travailleurs en « indigènes » (que l’on embauchait de préférence pour les emplois manuels non qualifiés les plus pénibles) et « gars du Cap » ou « Métis » (que l’on préférait pour les emplois d’artisan, comme charpentiers ou maçons).
La lutte de classe et le rôle des communistes
Il serait bien sûr erroné et extrêmement simpliste de penser que les rapports entre Noirs et Métis sont seulement faits d’antagonismes et de méfiance réciproque. A côté des exemples de conflits raciaux, il y a aussi des exemples notables de lutte contre les tactiques de diviser pour régner de la bourgeoisie. Contre ceux qui colportent des stéréotypes raciaux, il faut souligner que la population métisse n’est aucunement homogène (ni d’ailleurs non plus la population noire) : les attitudes politiques et sociales diffèrent considérablement d’un individu à l’autre, sur la base de l’origine de classe, de l’expérience personnelle et d’autres facteurs. De plus, les attitudes prédominantes dans la population métisse ne sont pas figées ; elles varient selon l’époque et l’endroit. Par exemple, le soutien à la DA est en général moins fort parmi les travailleurs métis des zones rurales (les régions agricoles du Cap-Occidental ainsi qu’une bonne partie du Cap-Nord) que dans les zones urbaines.
En termes d’intervention communiste, une priorité doit porter sur les industries où travailleurs noirs et métis sont intégrés sur le lieu de production, comme par exemple les usines automobiles du Cap-Oriental ou le secteur agricole du Cap-Occidental. Les divisions raciales entre Noirs et Métis nuisent aux intérêts matériels fondamentaux de la classe ouvrière, et le fonctionnement même de l’exploitation capitaliste oblige les ouvriers à s’organiser collectivement contre les employeurs. La lutte de classe crée les conditions objectives pour combattre et surmonter les divisions raciales et autres : chaque grève âprement disputée montre inévitablement que l’unité de classe est nécessaire contre les capitalistes.
Prenons la grève des ouvriers agricoles de 2012-2013 au Cap-Occidental. La grève a été particulièrement importante à De Doorns. Cette ville avait été en 2009 le théâtre de violents pogroms anti-immigrés, qui avaient contraint plus de 3 000 immigrés (principalement zimbabwéens) à se réfugier dans des camps de fortune. Certains disent que ces agressions auraient été déclenchées par les « labour brokers » [loueurs de main-d’œuvre] sud-africains qui, dans le but d’éliminer la concurrence de leurs homologues zimbabwéens, auraient incité des émeutes anti-immigrés en accusant les travailleurs zimbabwéens de « voler » les emplois des Sud-Africains. Cet exemple est loin d’être le seul. Il montre comment les fermiers blancs et des parasites comme les « labour brokers » divisent pour régner en faisant en sorte que les différentes catégories d’ouvriers agricoles continuent à subir une exploitation féroce : ils dressent les hommes contre les femmes, ceux qui ont un emploi fixe contre les saisonniers, les ouvriers métis contre les ouvriers noirs, etc.
Quand les grèves éclatèrent en 2012, les fermiers essayèrent d’utiliser la même tactique pour torpiller la grève en semant la division, avec le soutien du gouvernement du Cap-Occidental dirigé par Zille et la DA. Mais cela ne parvint pas à briser la solidarité et l’unité de cette grève combative qui transcendait les antagonismes raciaux et nationaux. Un dirigeant du comité de grève expliqua à Jesse Wilderman (de l’université de Wits) que « les gens étaient tous unis – Zims, Sothos, Métis, ceux qui parlaient le xhosa – tout le monde était uni […]. La grève a ressuscité la culture de lutte des années 1980 et nous étions vraiment unis, le groupe tout entier » (Farm Worker Uprising in the Western Cape : A Case Study of Protest, Organising, and Collective Action, 26 septembre 2014). Les grévistes furent confrontés à une répression féroce mais ils arrachèrent de modestes concessions avec une augmentation du salaire minimum de 69 à 105 rands (de 4 à 6 €) par jour.
En réaction à cette augmentation extrêmement maigre de salaires de misère, les fermiers racistes se livrèrent à toute une série de représailles pour intimider et persécuter les grévistes les plus combatifs. Les fermiers combinèrent ces représailles avec des provocations calculées destinées à attiser les divisions entre ouvriers. Certains fermiers firent venir de nouveaux ouvriers étrangers pour contourner l’augmentation du salaire minimum, certains auraient fait venir des ouvriers métis d’autres régions pour éviter d’embaucher les saisonniers actifs dans la grève, tandis que d’autres expulsèrent de leur logement à la ferme les ouvriers en fixe ayant participé à la grève. Ces mesures semblent avoir réussi à raviver dans certaines régions les vieilles divisions nationales et raciales réactionnaires. Wilderman rapporte ainsi qu’un groupe d’ouvriers qu’il a interviewés à De Doorns menaçait de répéter les pogroms de 2009.
C’est une leçon clé de cette grève et de ses suites : si les luttes économiques des travailleurs posent bien la question de la nécessité de l’unité de classe transcendant les divisions raciales et autres, elles ne peuvent pas par elles-mêmes forger cette unité de façon conséquente et durable. Pour cela il faut un parti ouvrier révolutionnaire de type bolchévique. Comme l’expliquait Lénine dans Que faire ? (1902), l’histoire montre que la classe ouvrière ne peut pas engendrer spontanément une conscience socialiste sur la seule base de sa propre activité. Cette conscience doit être introduite de l’extérieur, grâce à l’intervention d’un parti d’avant-garde qui a concentré les leçons de l’histoire de la lutte de classe internationale dans un programme marxiste révolutionnaire. Un tel parti ne limiterait pas son intervention aux luttes économiques immédiates de la classe ouvrière ; il devrait agir en tribun du peuple pouvant réagir à toute manifestation de tyrannie et d’oppression, quelle que soit la couche ou la classe de la population concernée.
Le Parti bolchévique construit par Lénine luttait avec acharnement pour les droits démocratiques de toutes les nationalités dans la Russie tsariste, qui était une « prison des peuples ». Au cœur de la position de Lénine sur la question nationale, il y avait la nécessité urgente pour les révolutionnaires prolétariens de prendre fait et cause pour les luttes contre l’oppression nationale et de se battre pour l’égalité de toutes les nations, de manière à déblayer les obstacles à l’unité de la classe ouvrière. Dans ses « Notes critiques sur la question nationale » (1913), Lénine écrivait : « Aux querelles nationales que se livrent entre eux les différents partis bourgeois pour des questions de langue, etc., la démocratie ouvrière oppose la revendication suivante : unité absolue et fusion totale des ouvriers de toutes les nationalités dans toutes les organisations ouvrières […], contrairement à ce que prêchent tous les nationalistes bourgeois. »
Si Lénine et les bolchéviks gagnèrent l’autorité politique nécessaire pour lutter pour l’unité de l’avant-garde prolétarienne par-delà les divisions nationales, c’est parce qu’on les connaissait comme les adversaires les plus résolus du chauvinisme grand-russe et de l’oppression de toutes les minorités nationales. Quand l’autocratie tsariste menaça de « noyer la révolution dans le sang des Juifs » à l’apogée de la Révolution de 1905, au mois d’octobre, la rumeur d’un pogrom antijuif se répandit à Saint-Pétersbourg. En moins de quelques heures, 12 000 ouvriers en armes avaient été mobilisés par le soviet (conseil) ouvrier pour repousser les bandes réactionnaires des « Cent-Noirs ».
Il existe d’importantes différences dans la forme que prend l’oppression nationale et raciale entre l’Afrique du Sud et la Russie tsariste. La plus significative : alors que la majorité des ouvriers qui firent la Révolution russe de 1917 étaient ethniquement russes (et luttaient contre des exploiteurs russes qui opprimaient d’autres nationalités), en Afrique du Sud l’écrasante majorité des travailleurs subissent une oppression nationale de la part d’une minorité blanche. De plus, les différents peuples qui habitent l’Afrique du Sud ne constituent pas des nations séparées car ils sont intégrés dans une seule économie. Malgré ces différences, l’approche de Lénine et des bolchéviks est tout à fait pertinente pour aborder les divisions raciales, tribales et autres parmi les opprimés dans ce pays, notamment la nécessité urgente de mobiliser le prolétariat pour défendre les immigrés.
La controverse sur les mesures préférentielles
L’affirmative action [mesures préférentielles] est l’une des questions qui focalisent les antagonismes raciaux. Les controverses à ce sujet se sont multipliées en 2011, en réaction à des propositions d’amendements à la Loi sur l’égalité dans l’emploi qui auraient fixé des objectifs d’emploi et des quotas reflétant la démographie nationale et non plus locale. Les Métis du Cap-Occidental ont à juste titre considéré cela comme une attaque raciste à leur encontre car cela aurait signifié qu’alors qu’ils sont majoritaires dans cette région, la part des emplois devant être occupés par des Métis serait fixée à environ 9 %. La logique de cette proposition est un programme raciste de transferts forcés de populations, ce qui est une des nombreuses directions réactionnaires que peut prendre la « construction de la nation » sous le capitalisme. C’est ce qu’a explicité Jimmy Manyi (à l’époque un des dirigeants du Black Management Forum avant de devenir porte-parole du gouvernement ANC), qui dans différentes interviews fustigeait la « concentration excessive » de Métis au Cap-Occidental.
Dans une veine nationaliste similaire, Manyi se plaignait aussi du nombre élevé d’Indiens ayant bénéficié de mesures préférentielles et du « Black Economic Empowerment » [Promotion économique des Noirs] ; il laissait entendre qu’ils devraient être exclus de ces deux programmes. Les modifications proposées aux mesures préférentielles ont été supprimées de la version finale de l’amendement suite à un arrêt du Tribunal du travail du Cap, mais une campagne anti-Indiens persistante s’est développée ces dernières années, notamment dans la province du Kwazulu-Natal. Elle est menée par des associations de patrons noirs qui essaient d’éliminer la concurrence des Indiens sur les marchés publics et autres. Des membres de l’ANC et de l’EFF de Malema soutiennent ce genre de saleté réactionnaire. Même si l’EFF se présente aujourd’hui en « défenseur » des Métis, et qu’il est soutenu par une partie des Métis du Cap-Occidental, il faut se souvenir que Malema et Floyd Shivambu, les dirigeants actuels de l’EFF, étaient des partisans déclarés de Jimmy Manyi en 2011, quand ils étaient à la tête de la Ligue de jeunesse de l’ANC.
Ces attaques racistes contre les minorités métisse et indienne contribuent à renforcer les divisions raciales et à pousser les travailleurs métis et indiens dans les bras de leurs pires ennemis. C’est ainsi que Solidarity, un syndicat réactionnaire dominé par les Blancs, a pu se faire passer pour un champion de la minorité métisse en attaquant devant les tribunaux les mesures préférentielles proposées. L’objectif de Solidarity est de supprimer complètement les mesures préférentielles, et plus largement de défendre les privilèges des Blancs, comme le montre sans ambiguïté une formule (supprimée depuis) affichée sur son site internet : « A cause de l’idéologie de la représentation, les masses ne profitent pas et les Blancs sont gravement désavantagés. »
Solidarity était partie civile de dix gardiens de prison (neuf Métis et un Blanc) qui n’avaient pas eu de promotion à cause des quotas basés sur la démographie nationale. Soyons clairs : tous les matons, qu’ils soient noirs, métis ou blancs, sont des ennemis jurés des travailleurs et des opprimés. Tout comme pour les policiers, leur travail, c’est la répression raciste au service des capitalistes. Ils n’ont pas leur place dans les syndicats ni dans aucune autre organisation ouvrière.
Nous défendons les mesures préférentielles contre les tentatives racistes de les supprimer, et nous sommes aussi contre les tentatives racistes d’exclure les Métis et les Indiens ; mais le but des communistes n’est pas de défendre le misérable statu quo sous le capitalisme. Les mesures préférentielles ne peuvent pas faire disparaître les discriminations racistes omniprésentes dans le travail et l’éducation, parce que ce genre de mesures présuppose le maintien du système capitaliste où les opprimés sont en concurrence pour une poignée d’emplois, dans une société où le taux de chômage est énorme.
Pour un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs !
Il faut mener une bataille politique à l’intérieur des syndicats pour une nouvelle direction lutte de classe. Cette bataille doit être livrée à la fois contre les dirigeants traîtres pro-Alliance de la COSATU et contre leurs opposants réformistes comme la bureaucratie du NUMSA, le syndicat de la métallurgie. Une direction lutte de classe chercherait à unir les travailleurs – Noirs et Métis, hommes et femmes, salariés et chômeurs, etc. – dans une lutte commune, dont l’idée de départ serait que leurs intérêts sont tous fondamentalement incompatibles avec ceux des capitalistes. Aussi longtemps que les travailleurs se font une concurrence acharnée pour un nombre limité d’emplois, les patrons chercheront toujours à diviser pour régner afin d’affaiblir le mouvement syndical.
Il faut lutter pour le contrôle syndical sur l’embauche, et des projets spécifiques gérés par les syndicats pour aller chercher et former les travailleurs des catégories les plus opprimées. Il faut lier cela au combat pour des emplois pour tous en exigeant que le travail disponible soit partagé, sans perte de salaire, entre tous ceux qui sont en mesure de travailler. Il faut se battre, suivant les principes de la lutte de classe, pour briser le système d’esclavage des « labour brokers » en mobilisant les syndicats dans une lutte pour des emplois fixes pour tous les travailleurs sous contrat, un salaire égal à travail égal, des conditions syndicales et une pleine protection syndicale pour tous. Il faut aussi se battre pour les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui ont réussi à arriver ici.
Le document-programme de l’ANC « Les mesures préférentielles et la nouvelle constitution », écrit par Albie Sachs en 1994, affirme explicitement que les mesures préférentielles ont été choisies comme alternative à la solution évidente de commencer à réparer les injustices monumentales du pouvoir de la minorité blanche ; cette alternative aurait consisté à « confisquer les bénéfices de l’apartheid et les partager entre ceux qui avaient été dépossédés ».
Cela n’a bien sûr jamais été dans l’intention de l’ANC, déjà parce que ce parti est déterminé à préserver le capitalisme. Cela mène à s’interroger sur la cause de la perpétuation des divisions raciales et tribales au sein des masses non blanches. Tout comme les autres manifestations nombreuses d’arriération économique et sociale, elles sont l’héritage raciste de la domination impérialiste et de l’apartheid, et elles ne peuvent être résolues sous le capitalisme. La théorie de la révolution permanente de Trotsky est la seule à montrer la voie vers la modernisation économique et sociale des pays à développement capitaliste retardataire. Celle-ci s’applique à l’Afrique du Sud à travers le mot d’ordre d’un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs.
Un logement décent pour les millions de personnes vivant dans les townships, les camps et les villages de squatters – y compris des logements racialement intégrés –, une éducation gratuite et de qualité, l’éradication de la lobola [le prix de l’épousée] et des autres pratiques patriarcales traditionnelles qui oppriment les femmes : pour accomplir tout cela, il faut renverser le capitalisme du néo-apartheid. Un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs en Afrique du Sud commencerait par exproprier les « randlords » et leurs hommes de paille noirs et s’emparer des « bénéfices de l’apartheid » et des moyens de production. Sous un gouvernement ouvrier, ces ressources ne seraient pas utilisées seulement pour redistribuer les richesses, mais plus fondamentalement pour réorganiser et augmenter la production sur une base socialiste ; c’est ce qui est vraiment nécessaire pour réaliser la modernisation économique et sociale dont le besoin est si criant.
La réussite de la transformation socialiste dépendra fondamentalement de l’extension internationale de la révolution, notamment aux centres impérialistes. La révolution prolétarienne internationale signifiera l’expropriation et le contrôle centralisé des richesses productives de l’Amérique du Nord, de l’Europe et du Japon. L’utilisation intensive et rationnelle des ressources économiques, et en particulier des investissements utilisant la technologie la plus avancée, provoqueront une augmentation qualitative de la productivité, ce qui permettra ainsi d’arriver rapidement à une économie totalement automatisée. Le formidable accroissement de la production qui en résultera permettra un transfert massif de ressources productives vers les pays moins avancés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
La victoire de la révolution prolétarienne à l’échelle mondiale ne sera bien sûr pas une tâche facile. Mais c’est la seule alternative à la barbarie capitaliste. Comme l’expliquait la « Déclaration de principes et quelques éléments de programme » de la LCI (1998), cette victoire
« mettrait une abondance matérielle encore inimaginée au service des besoins de l’humanité, créerait les conditions permettant d’éliminer les classes, d’éradiquer l’inégalité sociale basée sur le sexe et d’abolir la signification même, au niveau social, de race, de nation et d’ethnie. Pour la première fois, l’humanité saisira les rênes de l’histoire et contrôlera la société, sa propre création, ce qui se traduira par une émancipation du potentiel humain dépassant ce qu’on peut imaginer aujourd’hui et par un bond en avant monumental de la civilisation. C’est alors seulement qu’il sera possible de réaliser le libre développement de chaque individu, condition du libre développement de tous. »
C’est ce pour quoi se bat Spartacist/South Africa, section sud-africaine de la Ligue communiste internationale. Nous disons à ceux qui cherchent une alternative au racisme et à l’oppression épouvantables du capitalisme du néo-apartheid : notre programme trotskyste révolutionnaire et internationaliste est la solution.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/216/afrsud.html
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Les grandes grèves de 1934 aux Etats-Unis - Une direction lutte de classe a fait la différence - Hier et aujourd’hui (Part 1) (Juin 2015)

https://archive.is/e6Eqk
Le Bolchévik nº 212 Juin 2015
Nous reproduisons ci-dessous la traduction d’un article publié en deux parties dans le journal de nos camarades américains Workers Vanguard (n° 1050 et 1051, 8 août et 5 septembre 2014).
L’année 1934 était la cinquième année de la Grande Dépression [la Crise de 1929]. Ce fut aussi l’année de la victoire de trois grandes grèves qui touchèrent des villes entières aux Etats-Unis : la grève des Teamsters (camionneurs) à Minneapolis, celle des ouvriers de l’automobile à Toledo et celle des dockers à San Francisco. Ces grèves victorieuses allaient ouvrir la voie à une poussée massive de luttes ouvrières et à la création de puissants syndicats industriels. Aujourd’hui, six ans ont passé depuis le début de la crise économique la plus importante depuis celle de 1929, mais les syndicats, ou ce qu’il en reste, continuent de prendre des coups dans une guerre de classes unilatérale. Les patrons et leur Etat s’acharnent contre la classe ouvrière et les pauvres, mais les mouvements de grève aux Etats-Unis restent à un niveau historiquement bas.
Comment expliquer la différence entre hier et aujourd’hui ? Le fait que les grèves de 1934 étaient dirigées par des « rouges » est d’une importance cruciale. A Minneapolis, les trotskystes de la Communist League of America (CLA) prirent la tête de trois grèves ouvrières dans le transport routier de cette ville, ce qui allait contribuer à transformer ce bastion de l’« open shop » [par opposition au système du « closed shop », le monopole syndical sur l’embauche] dans le Middle West américain en une ville où les travailleurs étaient syndiqués. A l’issue de ce processus, une petite section du syndicat de métier des camionneurs devint un syndicat industriel de plusieurs milliers de membres. A Toledo, les socialistes de gauche de l’American Workers Party [Parti des travailleurs américains, AWP] d’A.J. Muste jouèrent un rôle clé dans la grève contre la société Electric Auto-Lite. Cette victoire jeta les bases pour la création ultérieure de l’United Auto Workers (Syndicat unifié des travailleurs de l’automobile). A San Francisco, les membres et sympathisants du Parti communiste (PC) stalinien dirigèrent une grève des dockers, des marins et d’autres travailleurs du secteur maritime et portuaire, grève qui dura 83 jours et qui atteignit son apogée avec une grève générale de quatre jours. Dans cette lutte fut forgé un syndicat industriel regroupant les dockers de toute la côte Ouest des Etats-Unis.
Aujourd’hui, les bureaucrates syndicaux qui dirigent les fédérations syndicales AFL-CIO et Change to Win [Changer pour gagner] prétendent que des batailles ouvrières de ce genre ne sont plus possibles : la situation économique est trop mauvaise, les entreprises trop puissantes et l’arsenal des lois antigrèves trop bien garni ; lutter aboutirait à la destruction pure et simple des syndicats et à la délocalisation des emplois. Pourtant, les grèves de 1934 eurent lieu au beau milieu de la crise économique la plus dévastatrice de l’histoire. Après le krach boursier de 1929, les ouvriers étaient tétanisés à l’idée de perdre leur salaire, aussi maigre qu’il fût, et de rejoindre les rangs des millions de travailleurs au chômage, affamés et à la rue. En 1933, l’American Federation of Labor (AFL) comptait deux fois moins d’adhérents qu’en 1920.
Les syndicats affiliés à l’AFL étaient des syndicats de métier, ce qui renforçait les divisions sur le lieu de travail et rendait les syndicats plus vulnérables aux attaques des forces du capital. Souvent ces syndicats représentaient les travailleurs les mieux payés et les plus qualifiés, tenant à distance les travailleurs noirs et la plupart des immigrés. L’écrasante majorité des ouvriers qui travaillaient dans des entreprises géantes comme celles de l’automobile, de l’acier ou du caoutchouc n’étaient pas syndiqués, et l’aristocratie ouvrière qui dirigeait l’AFL les méprisait. Ces dignitaires ouvriers étaient à ce point dévoués à la préservation du capitalisme américain et de ses profits qu’ils s’étaient engagés au début de la Grande Dépression à ne permettre aucune grève – à la demande du gouvernement républicain honni de Herbert Hoover, avec qui ils étaient d’accord pour refuser toute aide de l’Etat aux chômeurs.
Mais les conditions mêmes qui avaient autant laminé et démoralisé les ouvriers, qui les avaient dressés les uns contre les autres dans une lutte pour la survie, allaient commencer à les pousser à se battre. En 1933, il y eut une légère reprise de l’économie. L’élection en 1932 du Président démocrate Franklin Delano Roosevelt et sa promesse d’un « new deal [nouvelle donne] pour le peuple américain » avaient aussi donné de l’espoir – un faux espoir – à la classe ouvrière. Une vague de grèves éclata l’année suivante, et les ouvriers se tournèrent massivement vers les syndicats de l’AFL, ceux-là même qui les avaient traités avec dédain, pour exiger qu’on les organise.
James P. Cannon, un des dirigeants de la CLA, écrivait à cette époque :
« Les ouvriers bougent. C’est ce qui est nouveau, c’est ce qui est important dans la situation actuelle. Les syndicats sont la première et la plus élémentaire forme d’organisation, à laquelle aucun substitut n’a jamais été inventé. Les ouvriers ont fait leurs premiers pas vers la consolidation de leur classe en entrant par cette porte […]. Aussi conservateurs que puissent être ces syndicats, aussi réactionnaire que soit leur direction actuelle, et indépendamment des réelles intentions du gouvernement Roosevelt quand il a encouragé et donné de l’élan à cette renaissance du mouvement syndical – malgré tout cela, le mouvement en lui-même représente une force élémentaire, une puissance qui peut, si elle est influencée correctement et au bon moment par l’avant-garde consciente, dépasser les formes absolues et frustrer tous les efforts réactionnaires. »
– « L’AFL, la vague de grèves et les perspectives syndicales », Militant, 14 octobre 1933
Dans les grandes grèves de 1934, la combativité croissante de la classe ouvrière allait fusionner avec une direction à la hauteur de la bataille. Chacune de ces grèves fut quasiment une guerre civile qui opposait les ouvriers à l’armée des briseurs de grève – nervis patronaux, flics et soldats de la Garde nationale. À chaque fois, des officines de l’Etat capitaliste soi-disant « amies des travailleurs » demandaient aux ouvriers de mettre fin à leur grève contre la promesse que des médiateurs du gouvernement négocieraient des « accords équitables ». Au sein même du « camp syndical », les dirigeants de la grève devaient affronter les bureaucrates de l’AFL à la botte du gouvernement, ces mêmes bureaucrates qui avaient attisé toutes les rivalités corporatistes, ethniques et raciales qui divisaient les travailleurs et minaient leurs luttes. Ce qui fit la différence, c’est que les ouvriers étaient armés politiquement et organisationnellement par des dirigeants qui comprenaient que la seule voie possible vers la victoire était celle de la mobilisation de leur force, en tant que classe, contre la classe capitaliste ennemie.
Roosevelt n’était pas « l’ami des travailleurs »
La bureaucratie de l’AFL-CIO colporte depuis longtemps le mythe que c’est l’Article 7(a) de la « Loi pour la reprise industrielle » [National Recovery Act, NRA] promulguée par le gouvernement démocrate de Roosevelt en 1933 qui a mené à la création de syndicats industriels, c’est-à-dire de syndicats inclusifs ayant vocation à représenter l’ensemble des travailleurs d’une même industrie. C’est un mensonge pratique, un alibi que les dirigeants syndicaux traîtres utilisent depuis des décennies alors qu’ils sacrifient des grèves et les syndicats eux-mêmes sur l’autel de la collaboration de classes – du lobbying législatif au prosélytisme en faveur du vote démocrate. En fait, toute la raison d’être de la NRA, comme son nom l’indique, était la « reprise » de la compétitivité du capitalisme américain. Cette loi suspendait la législation antitrust et créait des associations industrielles [cartels] dans le cadre desquelles les employeurs fixaient les quotas de production, les conditions de travail, le salaire minimum et la durée maximale du travail. Avec comme résultat la consolidation de monopoles capitalistes toujours plus puissants, qui purent extorquer des profits toujours plus élevés grâce à une exploitation de plus en plus brutale des travailleurs.
L’Article 7(a), qui stipulait que « tous les employés ont le droit de s’organiser et de négocier collectivement », fut ajouté principalement à l’instigation de John L. Lewis, le dirigeant dictatorial et parfois franc-tireur de l’United Mine Workers [Syndicat unifié des mineurs, UMW]. Le président de l’AFL, William Green, donna son soutien à l’Article 7(a), mais il continuait de craindre qu’un mouvement de syndicalisation vienne mettre à mal le « sanctuaire » du syndicalisme de métier réservé aux Blancs. (A propos de l’intelligence de Green, Lewis avait un jour lancé : « Green n’a pas de tête. Il a juste un cou allongé sur lequel des cheveux ont poussé. »)
Même si l’Article 7(a) était principalement un os à ronger jeté à la classe ouvrière, il reflétait aussi l’inquiétude croissante des capitalistes américains, ou en tout cas des plus perspicaces d’entre eux, face à l’agitation grandissante des ouvriers. Roosevelt était sans aucun doute le plus clairvoyant de tous. En outre, en tant que patricien appartenant à l’élite des propriétaires fonciers américains, il avait moins de scrupules à refréner certains excès des magnats capitalistes américains de l’industrie et de la finance – pour sauvegarder le système et désamorcer les luttes sociales.
Des grèves avaient déjà commencé à éclater au début de 1933. Les millions d’ouvriers non syndiqués qui travaillaient dans les usines d’assemblage et les hauts-fourneaux commençaient à prendre conscience de leur nombre et de leur position stratégique en tant qu’élément vital de l’industrie américaine. L’Article 7(a) fut adopté dans la crainte que les syndicats de métier de l’AFL n’arrivent pas à contenir l’antagonisme croissant entre le travail et le capital, et dans un souci de maintenir ces ouvriers sous la coupe des lieutenants ouvriers à la solde du gouvernement dans la bureaucratie de l’AFL.
Cette apparente concession faite au mouvement syndical était conçue pour faire croire aux travailleurs que le gouvernement « protègerait » leurs intérêts. Des inspections du travail régionales (labor boards) furent créées pour faciliter l’arbitrage du gouvernement avant tout conflit potentiel. L’objectif était d’empêcher les grèves en empêtrant les travailleurs dans d’interminables procédures. Les ouvriers, qui depuis l’adoption de la NRA commençaient à rejoindre en grand nombre les syndicats existants de l’AFL, se rendirent rapidement compte que c’était une chose de se syndiquer, mais que c’en était une autre d’arracher la reconnaissance du syndicat par les patrons ou même d’obtenir une augmentation des salaires misérables fixés dans chaque industrie par la NRA.
Tout au long de la vague de grèves de 1933, la plus importante depuis le début des années 1920, les ouvriers luttèrent avec héroïsme. Mais leurs grèves furent soit trahies par les dirigeants de l’AFL qui se pliaient aux ordres des médiateurs envoyés par Roosevelt, soit brisées par les nervis armés des patrons et du gouvernement. Un rapport de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) publié au début de 1934 résumait ainsi les résultats du « New Deal » de Roosevelt pour le mouvement syndical : « Jamais les violations des droits des travailleurs n’avaient pris une telle ampleur, et par tous les moyens : ordonnances judiciaires, armée, police privée, shérifs-adjoints, mouchards, milices » (New York Times, 11 février 1934, cité par Art Preis dans Labor’s Giant Step [Un pas de géant pour les ouvriers], 1964).
Le ressentiment des ouvriers envers les dirigeants syndicaux traîtres grandissait en même temps que leurs illusions dans Roosevelt commençaient à se dissiper. La brutalité des attaques de la police et de l’armée laissa sa marque sur la conscience de la classe ouvrière, tout comme le courage avec lequel les grévistes résistèrent à ces offensives. Plus tard, ces facteurs allaient être des conditions préalables cruciales au réveil de la lutte de classe. Et les socialistes déclarés qui conduisirent à la victoire les camionneurs de Minneapolis, les dockers de San Francisco et les ouvriers de l’automobile de Toledo en 1934 allumèrent la mèche.
Trotskystes, staliniens et partisans de Muste
Parmi les dirigeants des camionneurs grévistes de Minneapolis figuraient Carl Skoglund et Vincent Ray Dunne, deux militants ouvriers de longue date. Dunne, dans sa jeunesse, avait été bûcheron, saisonnier agricole et travailleur itinérant sur la côte Pacifique du Nord-Ouest et dans d’autres régions, et dès cette époque il avait lutté aux côtés des pionniers du syndicalisme industriel au sein des Industrial Workers of the World [Travailleurs industriels du monde, IWW]. Skoglund avait dirigé dans ses jeunes années une grève pour la reconnaissance du syndicat dans une usine de papeterie, dans sa Suède natale où il avait adhéré au Parti social-démocrate. Mis sur liste noire pour activisme radical à cause de ses activités syndicales et politiques, Skoglund émigra aux Etats-Unis et dirigea l’aile gauche de la section scandinave du Parti socialiste américain. Comme beaucoup d’autres militants d’extrême gauche aux Etats-Unis, il fut enthousiasmé par la Révolution russe de 1917, la première insurrection prolétarienne victorieuse qui réussit à briser les chaînes de l’exploitation capitaliste. En 1919, il devint un des membres fondateurs du Parti communiste, auquel Dunne adhéra l’année suivante.
En Union soviétique, une bureaucratie de plus en plus puissante dirigée par Staline usurpa le pouvoir politique de la classe ouvrière, et à la fin des années 1920 elle avait répudié le programme révolutionnaire internationaliste du bolchévisme. Ceci eut un effet dévastateur sur le PC américain et les autres sections de l’Internationale communiste (Comintern), le centre organisateur de la révolution mondiale créé par Lénine et Trotsky. C’est dans ce contexte que Skoglund, Dunne et deux de ses frères, Miles et Grant, furent gagnés à la CLA, la jeune organisation du trotskysme américain. Opposés à la dégénérescence de la Révolution russe et du PC américain, les trotskystes restèrent fidèles au programme et aux principes du marxisme.
La classe ouvrière restait paralysée par la peur face aux ravages de la Grande Dépression. Les trotskystes, qui avaient été exclus du PC, étaient numériquement faibles et isolés. Dans ce contexte, ils considéraient que leur tâche principale était de regrouper leurs forces, de se réarmer politiquement, de recruter les éléments les plus conscients dans la classe ouvrière et ailleurs, et de se préparer pour les luttes de classe futures qu’ils savaient inévitables. Comme l’expliquait Cannon dans un article de 1932 :
« Les ouvriers communistes ne sont pas la classe ouvrière. Ils en sont seulement la couche la plus consciente, et aujourd’hui en Amérique cette couche est mince, numériquement insignifiante. Les ouvriers communistes ne peuvent pas à eux seuls livrer de vraies batailles de classe. Leur rôle est de lutter avec les ouvriers et au premier rang de ceux-ci. Pour l’instant, la tâche des communistes est de préparer les ouvriers pour les luttes à venir. Cette tâche consiste fondamentalement à “un patient travail d’explication”, d’agitation et de propagande, pour gagner les ouvriers à une perspective de lutte. »
– « La menace de l’illégalité », Militant, 19 mars 1932
A Minneapolis, Skoglund et les frères Dunne s’attelèrent au « patient travail d’explication » auprès de leurs collègues dans l’entreprise de charbon où ils étaient camionneurs pendant les premières années de la Grande Dépression. Au bout de trois ans, ils avaient gagné un noyau de travailleurs à l’idée de se battre pour mettre en place un syndicat industriel. Miles Dunne réussit aussi à convaincre le président de la toute petite section syndicale 574 des Teamsters, Bill Brown, de participer au comité d’organisation bénévole que les trotskystes étaient en train de mettre sur pied. Brown n’était pas un dirigeant typique de l’AFL : il avait un bon instinct de classe, et il en avait assez du syndicalisme de métier antigrèves imposé par la direction nationale du syndicat des camionneurs. Les militants ainsi rassemblés allaient devenir le groupe qui dirigea les grèves des camionneurs de 1934 à Minneapolis, avec à leur tête des militants et sympathisants de la Communist League of America.
Dans les années 1930, le Parti communiste était un parti totalement différent. Il avait été créé sous l’effet de la Révolution russe par les meilleurs militants d’une génération de socialistes et autres militants ouvriers radicaux américains, mais à la fin des années 1920 il avait perdu sa boussole marxiste. Il succombait à la pression d’une part de la prospérité d’un capitalisme américain alors en plein essor, ce qui sapait sa confiance révolutionnaire antérieure, et d’autre part de l’influence corruptrice des staliniens du Kremlin. Ce régime bureaucratique était lui-même le produit combiné des effets sur la société soviétique des occasions révolutionnaires manquées dans les pays plus avancés d’Europe de l’Ouest, particulièrement en Allemagne, et des années de guerre et de privations.
Les staliniens du Kremlin n’avaient pas éradiqué les acquis de la révolution d’Octobre. L’Union soviétique restait un Etat ouvrier, de la même façon que les syndicats demeurent des organisations de la classe ouvrière malgré leur direction bureaucratique. En même temps, tout comme les bureaucrates syndicaux traîtres mettent en danger l’existence même des syndicats par leur collaboration avec les patrons, le pouvoir de la bureaucratie soviétique représentait une menace pour le premier Etat ouvrier de l’histoire et il allait paver la voie à sa destruction finale.
Renonçant à la lutte pour la révolution prolétarienne dans les autres pays, la bureaucratie soviétique mit en avant l’idée antimarxiste qu’il était possible de construire le « socialisme dans un seul pays ». Les partis communistes dans le reste du monde furent transformés en simples avant-postes de la politique du Kremlin, à la recherche d’une « coexistence » avec l’impérialisme mondial. Ce processus s’accompagna de multiples oscillations, tantôt vers la droite et tantôt vers la gauche, de la ligne politique de Staline et de ses partisans.
A la fin des années 1920, Staline adopta une ligne aventuriste gauchiste face à l’hostilité implacable du monde capitaliste, et aussi pour couper l’herbe sous le pied à l’Opposition de gauche trotskyste, qui luttait contre les trahisons de la bureaucratie. Pour justifier ce tournant politique, le Comintern prétendit que le capitalisme entrait dans la « troisième période » de son existence, où la victoire de la révolution prolétarienne internationale était censée être imminente dans le monde entier – un pronostic contraire à la réalité sociale et politique. Les partis ouvriers sociaux-démocrates et les syndicats furent dénoncés comme « sociaux-fascistes ». Aux Etats-Unis, le PC déserta les syndicats de l’AFL pour former des « syndicats révolutionnaires » largement isolés des masses. Ceci eut pour résultat que les communistes se retrouvèrent dans leur écrasante majorité sur la touche pendant les luttes de 1933-1934.
Mais sur la côte Ouest, l’organisateur local du PC, Sam Darcy, commençait à rejeter les idioties gauchistes de la troisième période. Après l’adoption de la NRA en 1933, les dockers affluèrent à l’International Longshoremen’s Association (ILA), affiliée à l’AFL ; il y avait parmi eux les sympathisants du PC et autres dockers combatifs que Sam Darcy avait commencé à coordonner. Connu sous le nom de groupe Albion Hall (du nom de leur lieu de réunion), ce cercle de travailleurs des transports maritimes allait devenir le noyau dirigeant de la grève des dockers en 1934. Parmi eux figurait le plus célèbre des dirigeants de la grève, Harry Bridges.
Le rejet de la troisième période par Darcy était un signe annonciateur du soutien que le PC allait bientôt apporter à l’administration Roosevelt. Mais à cette époque les staliniens parlaient encore la langue de la lutte de classe. Dans leur bulletin ronéoté intitulé Waterfront Worker [Le docker, WFW], publié depuis 1932, ils combattaient sans relâche les illusions dans Roosevelt et ses médiateurs créés par la NRA. Ils attaquaient aussi le syndicalisme de métier et la politique de collaboration de classes des dirigeants des syndicats de l’AFL. Ceux-ci, en négociant individuellement avec les employeurs pour briser les grèves des autres, avaient dressé les uns contre les autres les dockers et travailleurs du transport maritime, contribuant ainsi aux défaites répétées des grèves. Les sympathisants du PC, grâce au WFW et au fait qu’ils dirigeaient des actions ouvrières, armèrent politiquement les dockers et les préparèrent pour la bataille contre les armateurs, le gouvernement et leurs agents dans le mouvement syndical.
L’organisation d’A.J. Muste était une créature politique différente à la fois des trotskystes et des staliniens. Muste, un pasteur pacifiste, s’était prononcé pour la lutte de classe en 1919, alors qu’il figurait parmi les dirigeants de la grève des ouvriers du textile, majoritairement immigrés, à Lawrence dans le Massachusetts. En 1929, il fut l’un des fondateurs de la Conference for Progressive Labor Action [Conférence pour des actions ouvrières progressistes, CPLA] alors qu’il était directeur du Brookwood Labor College (université des travailleurs de Brookwood) à Katonah, dans l’Etat de New York. La CPLA avait pour but de faire pression sur l’AFL pour que celle-ci entreprenne des actions ouvrières « progressistes ». La Grande Dépression poussa la CPLA vers la gauche, ce qui reflétait la combativité croissante des ouvriers. La CPLA devint l’embryon de l’AWP, qui fut fondé en 1933.
Au début des années 1930, la CPLA se consacrait surtout à organiser les chômeurs. Dans le comté de Lucas, à Toledo, la Ligue des chômeurs de la CPLA mena des actions de masse combatives au terme desquelles les travailleurs sans emploi obtinrent une allocation financière. La CPLA luttait pour unifier les chômeurs derrière les luttes de la classe ouvrière plutôt que de les abandonner aux mains des patrons qui les utilisaient pour casser les grèves. Ceci allait faire basculer le rapport des forces dans le combat contre les jaunes, les flics et la Garde nationale, mobilisés pour écraser la grève d’Auto-Lite à Toledo en 1934.
Des trois directions des grandes grèves de 1934, les trotskystes étaient les seuls véritables marxistes. Ils accomplissaient la tâche vitale de forger un parti révolutionnaire regroupant les ouvriers les plus avancés et les plus conscients. Ils savaient que seul un parti de ce genre peut armer le prolétariat de la conscience politique nécessaire pour en finir avec le système capitaliste d’exploitation et d’oppression, et qu’il peut l’organiser à cette fin. A ce titre, les dirigeants de la grève des camionneurs à Minneapolis étaient les plus conscients et ceux qui voyaient le plus loin.
Cependant, à ce moment-là, les staliniens qui dirigèrent la grève des dockers ainsi que les partisans de Muste à Toledo défendaient un programme de lutte des classes, même si c’était de façon épisodique ou transitoire. Contrairement à ce qui se passait à la même époque pour d’autres grèves, la combativité des ouvriers n’était pas freinée par des dirigeants qui prêchaient l’idée mensongère qu’un « partenariat » entre travail et capital était possible. Au contraire, la force et la solidarité de masse des travailleurs étaient organisées et dirigées politiquement par des dirigeants qui rejetaient l’idée que les patrons seraient « raisonnables » ou leur Etat « neutre ». Conscients de l’ampleur des forces que déploierait l’ennemi de classe contre toute lutte syndicale, les dirigeants de ces grèves étaient prêts pour la guerre de classes. Et ce n’était pas un combat facile.
La « bataille de Toledo »
Toledo était une petite ville ravagée par le chômage, où les salaires étaient bas et où dominaient les usines d’équipementiers pour la gigantesque industrie automobile de Detroit. Après l’adoption de la NRA, les dirigeants de l’AFL avaient créé à contrecœur des syndicats « fédéraux » regroupant des ouvriers travaillant à la chaîne et relevant de différents métiers. La section fédérale 18384 de Toledo déclencha en février 1934 une grève pour des augmentations de salaires chez plusieurs équipementiers, dont Auto-Lite. Les bureaucrates de l’AFL acceptèrent de soumettre le conflit à l’arbitrage de l’inspection du travail locale créée par la NRA, et ils arrêtèrent la grève au bout de six jours. Environ 500 ouvriers d’Auto-Lite se mirent à nouveau en grève en avril, fatigués d’attendre que l’entreprise négocie.
Alors que 1 800 jaunes investissaient l’usine, une ordonnance judiciaire limita l’emploi des piquets de grève. Les grévistes firent alors appel à la Ligue des chômeurs du comté de Lucas organisée par la CPLA. Deux jeunes dirigeants de la Ligue envoyèrent une lettre au juge l’informant qu’ils continueraient malgré l’ordonnance à renforcer les piquets à Auto-Lite. Après avoir été arrêtés et jugés et ayant reçu l’interdiction de rejoindre les piquets, les membres de la Ligue et les grévistes qui étaient venus en force à l’audience sortirent du tribunal et allèrent directement sur les piquets de grève. A la fin du mois de mai, plus de 10 000 personnes étaient sur les piquets de grève.
Le 23 mai, une armée d’hommes de main de la compagnie et de flics mobilisés pour escorter les jaunes à l’entrée et à la sortie de l’usine aspergèrent les grévistes de gaz lacrymogène. Ceux-ci, armés seulement de briques et de pierres, construisirent des barricades. Sans céder de terrain, ils assiégèrent l’usine avec les jaunes à l’intérieur. La police se replia, et on envoya 900 soldats de la Garde nationale pour ouvrir un passage et faire sortir les jaunes. Les soldats, qui tiraient à bout portant en direction des piquets, tuèrent deux ouvriers et en blessèrent 25. C’était le début de la « bataille de Toledo », qui allait durer six jours : les combats contre les troupes se livraient sur les toits et dans les rues. Le 31 mai, la compagnie accepta de renvoyer les jaunes et d’arrêter la production jusqu’à ce qu’un accord de fin de grève soit signé. On retira aussi les soldats démoralisés de la Garde nationale, qui avait elle aussi subi des pertes importantes.
A ce moment-là, tous les syndicats locaux affiliés à l’AFL, sauf un, avaient voté pour une grève générale, malgré les efforts des dirigeants pour convaincre leur base de demander à Roosevelt d’intervenir en leur faveur. Le 1er juin, 40 000 ouvriers et partisans de la grève se rassemblèrent devant le tribunal du comté. Trois jours plus tard, les patrons d’Auto-Lite capitulaient. Ils signèrent un accord pour six mois qui incluait des augmentations de salaires supérieures au minimum de la NRA. Surtout, l’accord reconnaissait le syndicat comme unique interlocuteur autorisé à négocier dans l’usine, contrairement à une décision précédente de l’Inspection du travail pour l’automobile de Roosevelt qui imposait une représentation proportionnelle des syndicats de chaque entreprise selon les résultats des élections professionnelles. A la fin de l’année, les syndicats étaient implantés dans 19 usines automobiles supplémentaires dans le comté de Lucas.
Parmi les participants à la bataille de Toledo, il y avait Art Preis qui appartenait à la Ligue des chômeurs et qui allait devenir et rester jusqu’à la fin de sa vie membre du Socialist Workers Party (SWP), le successeur de la CLA. Dans son livre Labor’s Giant Step (1964), il livre le témoignage suivant :
« Ce fut à ce moment-là, quand les grèves se faisaient écraser les unes après les autres, que la lutte des ouvriers d’Electric Auto-Lite à Toledo vint illuminer l’horizon de la lutte de classe américaine. Elle allait être pour les ouvriers américains une leçon inoubliable sur comment affronter toutes les officines du gouvernement capitaliste – les tribunaux, les inspections du travail et les forces armées – et gagner. »
L’une des leçons essentielles de cette grève est le rôle que peuvent jouer les chômeurs dans les luttes ouvrières, s’ils sont organisés et dirigés par des militants lutte de classe.
La grève des camionneurs à Minneapolis
Beaucoup de livres ont été écrits sur les événements et la direction des trois grèves de 1934, qui ont débouché sur la création d’un syndicat industriel dans l’industrie du transport routier de Minneapolis. On peut citer Teamster Rebellion (1972), de Farrell Dobbs, un jeune dirigeant des trois grèves, qui fut gagné au trotskysme alors qu’il participait à la toute première de ces batailles ; American City : A Rank and File History of Minneapolis [Ville américaine : Une histoire de Minneapolis vue de la base] (1937) de Charles Walker ; et plus récemment Revolutionary Teamsters [Camionneurs révolutionnaires] (2014) de Bryan Palmer.
Le dirigeant trotskyste américain James P. Cannon fit quelques années après les grèves un discours intitulé « Les grandes grèves de Minneapolis », où il en résumait les leçons fondamentales :
« Il n’y avait aucune différence de fond – en fait, je pense qu’il n’y avait pas la moindre différence sérieuse entre les grévistes de Minneapolis et les travailleurs impliqués dans une centaine d’autres grèves dans le pays à cette époque. Les travailleurs se battaient avec la plus grande combativité dans pratiquement toutes les grèves. La différence se trouvait dans la direction et dans la politique suivie. Dans pratiquement toutes les autres grèves, la combativité des ouvriers était freinée par le haut. Les dirigeants se laissaient impressionner par le gouvernement, la presse, le clergé et ceci ou cela. Ils tentaient de ramener aux salles de réunion un conflit qui se déroulait dans la rue et sur les piquets de grèves. A Minneapolis, la combativité de la base n’a pas été freinée ; elle a été organisée et dirigée d’en haut. […] « Le mouvement ouvrier moderne doit être dirigé politiquement car il est confronté au gouvernement à chaque étape. Nos militants y étaient préparés parce qu’ils étaient politiques, inspirés par des conceptions politiques. La politique de la lutte de classe guidait nos camarades. On ne pouvait pas les tromper ou les avoir comme ce fut le cas de tant de dirigeants grévistes à cette époque grâce à ce mécanisme de sabotage et de destruction qu’est l’Inspection du travail avec toutes ses instances auxiliaires. Ils n’avaient pas la moindre confiance dans l’Inspection du travail de Roosevelt. Ils ne se sont pas laissé duper par l’idée que Roosevelt, ce président libéral et “ami des travailleurs”, allait aider les camionneurs de Minneapolis à gagner quelques cents de plus de l’heure. Ils ne se sont pas non plus laissé tromper même par le fait qu’il y avait à l’époque dans le Minnesota un gouverneur du Parti fermier-ouvrier, dont les gens présumaient qu’il était du côté des travailleurs. « Nos militants ne croyaient en personne ni en rien d’autre que la politique de la lutte des classes et en la capacité des travailleurs de l’emporter grâce à leur force et leur solidarité de masse. »
– The History of American Trotskyism, 1944
Les trois grèves qui touchèrent l’industrie du transport routier de la ville furent toutes organisées minutieusement : les dirigeants comprenaient que chaque succès même le plus modeste, comme la reconnaissance du syndicat, pouvait faire basculer le rapport des forces entre les deux parties en lutte. Le premier bras de fer fut une grève de trois jours des livreurs de charbon en février. Cette grève avait été stratégiquement planifiée pour frapper la compagnie pendant l’hiver, quand les températures descendent à moins vingt et quand les commandes et les profits sont au plus haut. Une bonne coordination des piquets permit d’interrompre complètement les livraisons pendant les trois premières heures de la grève. De jeunes ouvriers fraîchement syndiqués, sentant leur puissance en tant que classe, apportèrent une contribution innovante avec l’invention du piquet mobile – l’utilisation de voitures ou de camions pour barrer la route aux camions des jaunes. Ces « piquets volants » allaient être une arme essentielle dans les luttes de la classe ouvrière pour forger le Congress of Industrial Organizations [Congrès des syndicats industriels, CIO].
(cont. )
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/212/usa.html
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Pour un parti léniniste d'avant-garde !

https://archive.is/vz5rg
Pour des syndicats industriels !
Pour un parti léniniste d'avant-garde !
Syndicat et parti : le point de vue marxiste
Reproduit du Bolchévik n° 164, été 2003
Nous reproduisons ci-dessous une présentation du camarade Herminio Sanchez, revue pour publication, lors d’une discussion dans la LTF sur les grèves de mai-juin.
L’énorme vague de grèves qui secoue le pays depuis un mois est sans précédent depuis 1995. Les travailleurs montrent qu’ils veulent lutter, et la frustration et la colère augmentent contre la bureaucratie syndicale. Dans d’in-nombrables entreprises le morcellement des syndicats en chapelles politiques concurrentes (CFDT, CGT, FO, SUD, UNSA, ¼) se traduit par le cassage de la grève un jour par la CGT, un autre par l’UNSA (dont fait partie la FGAAC à la SNCF), un autre encore par les « radicaux » du SUD, etc. Ce qu’il nous faut c’est des syndicats industriels unifiant l’ensemble des travailleurs d’une industrie dans un seul syndicat. Trotsky écrivait en 1931:
« Si l’édifice théorique de l’économie politique du marxisme s’appuie entièrement sur la conception de la valeur comme du travail matérialisé, la politique révolutionnaire du marxisme s’appuie, elle, sur la conception du parti comme avant-garde du prolétariat. Quelles que soient les sources sociales et les causes politiques des fautes et des déviations opportunistes, idéologiquement, elles se ramènent toujours à une compréhension erronée du parti révolutionnaire, de ses relations avec les autres organisations prolétariennes et avec la classe tout entière. »
Nous expliquons dans notre Déclaration de principes (voir Spartacist n° 32, printemps 1998) : « Comme pour les bolchéviks de Lénine, notre but est de fusionner les éléments intellectuels et prolétariens, surtout en construisant des fractions communistes dans les syndicats et en s’y battant. Avec de la propagande littéraire, on peut former les premiers cadres mais on ne peut pas rassembler l’avant-garde prolétarienne qui ne vit ni dans un cercle, ni dans une salle de classe, mais dans une société de classes, dans les usines, dans les organisations de masses ; on doit savoir parler à cette avant-garde dans la langue de ses expériences. Même les cadres propagandistes les mieux préparés se désintègrent inévitablement s’ils ne trouvent pas le contact avec la lutte quotidienne des masses. »
Aussi embryonnaire soit-elle, chaque section de la LCI cherche à concrétiser notre orientation prolétarienne. Nous cherchons à construire des fractions communistes dans les syndicats, nous cherchons à avoir des cadres dans le prolétariat qui incarnent notre programme dans notre classe. Quand Lénine dit dans Que faire ? que le parti introduit la conscience de l’extérieur de la lutte économique, il veut dire que les travailleurs ne peuvent pas spontanément, dans le cadre de la lutte économique, transcender leur niveau de conscience trade-unioniste, c’est-à-dire qui accepte le cadre du capitalisme ; il leur faut des révolutionnaires professionnels intervenant dans la classe ouvrière, dans ses luttes, avec leur propagande et leur agitation. C’est ce parti-là que nous voulons construire. Si nous n’arrivons pas à ancrer notre parti dans la classe ouvrière nous ne pourrons pas attirer des couches plus larges d’ouvriers pour diriger une révolution prolétarienne. On voit clairement dans les grèves actuelles le rôle de nos opposants de maintenir le plus bas possible le niveau de conscience de la classe ouvrière. Lutte ouvrière (LO) rejette toute la conception léniniste d’un parti d’avant-garde, pour mieux capituler devant les couches les plus arriérées dans le prolétariat. LO et la LCR rejettent la conception du parti d’avant-garde parce qu’ils n’ont aucune intention de renverser le système capitaliste ; au contraire ils veulent mieux diriger ce système, LO avec sa revendication de « l’interdiction des licenciements », la LCR avec ses offres de service pour participer à un prochain gouvernement.
La Charte d’Amiens et les origines du réformisme syndical en France
La Charte d’Amiens de 1906 est la pierre angulaire dans le mouvement ouvrier français réformiste en ce qui concerne les relations entre le parti et les syndicats. Tout le monde pratiquement s’en réclame. Le point fondamental auquel font référence les gens qui parlent de la Charte d’Amiens, c’est l’indépendance complète des syndicats vis-à-vis des partis politiques. C’est-à-dire que le parti s’active au parlement, mais il n’interfère pas le moins du monde dans les luttes syndicales, sinon peut-être pour les soutenir de l’extérieur. Réciproquement le syndicat ne se mêle pas des campagnes politiques. La Charte d’Amiens demande par exemple au syndiqué de « ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au-dehors ». Cette conception est évidemment tout d’abord anti-historique, comme si le mouvement ouvrier français n’avait pas été fondamentalement affecté depuis 1906 par la trahison d’août 1914 (quand les social-démocraties allemande et française ont trahi le prolétariat en soutenant leur propre bourgeoisie dans la Première Guerre mondiale), la révolution d’Octobre 1917 en Russie, et ensuite la dégénérescence puis la destruction finale de l’Union soviétique. Ensuite, la Charte d’Amiens sert de couverture aux trahisons de toutes ces organisations depuis des dizaines d’années.
De proclamer la Charte d’Amiens comme l’alpha et l’oméga de la question des relations entre parti et syndicat, c’est faire preuve d’une étroitesse nationale tout à fait française. Les relations entre les partis et les syndicats sont très variées suivant les pays et l’époque. En Grande-Bretagne le Parti travailliste a émergé il y a une centaine d’années comme l’expression politique propre de la bureaucratie syndicale ; c’est les syndicats qui ont créé le parti. En Allemagne au contraire c’est le SPD qui a construit les syndicats et qui continue à les contrôler. Aux Etats-Unis le noyau principal des syndicats industriels – par exemple l’UAW, le syndicat des travailleurs de l’automobile – est apparu dans les années 1930 grâce à l’influence du Parti communiste ; il fallait une direction prête à lutter pour intégrer les Noirs et les Blancs dans un seul syndicat, et seuls les communistes pouvaient faire cela. La construction des Teamsters (le syndicat des camionneurs) comme un puissant syndicat sur une base industrielle, était le résultat d’une politique lutte de classe à l’initiative des trotskystes qui ont dirigé la grève générale de Minneapolis de 1934.
Pour en revenir à la Charte d’Amiens il faut comprendre la situation du mouvement ouvrier de l’époque pour expliquer sa genèse. En 1905 les différentes cliques parlementaires se réclamant du socialisme se sont unifiées. Il y avait notamment une aile ouvertement non marxiste, les jauressistes, et une aile qui se réclamait du marxisme, dirigée par Jules Guesde. Guesde voulait que les marxistes influencent le syndicat, Jaurès s’y opposait (pour lui il fallait laisser aux bureaucrates syndicaux la lutte économique, et aux parlementaires petits-bourgeois la lutte politique). Le réformisme était manifestement très puissant dans la SFIO, la social-démocratie de l’époque : le « socialiste » Millerand, quelques années auparavant, avait participé à un gouvernement bourgeois pour la première fois dans l’histoire. C’est pourquoi les syndicalistes révolutionnaires ont fait un bloc avec Jaurès pour préserver l’indépendance du syndicat par rapport à la social-démocratie. Le résultat de ce bloc c’était la Charte d’Amiens.
Sur le fond les syndicalistes révolutionnaires cherchaient à s’opposer à l’influence de la social-démocratie qu’ils percevaient à juste titre comme réformiste. Mais c’est Guesde lui-même, représentant de l’aile « marxiste » de la SFIO, anti-jauressiste, qui entrera dans le gouvernement capitaliste pendant la Première Guerre mondiale. Il faut noter que l’indépendance de la CGT par rapport à la SFIO ne la préservera pas de la trahison : dès début août 1914 l’organe officieux de la CGT, la Bataille syndicaliste, commencera à soutenir la guerre de sa propre bourgeoisie contre le Kaiser allemand Guillaume II. Un an plus tard la Bataille syndicaliste devenait la Bataille. A cette époque-là Monatte démissionnait de la Commission administrative de la CGT pour protester contre leur position chauvine. Trotsky écrivait (21 octobre 1929) :
« Son départ du centre syndical n’était au fond qu’une scission. Mais, à cette époque-là, Monatte croyait – avec raison – que les tâches historiques fondamentales du prolétariat sont à placer au-dessus de l’unité avec les chauvins et les laquais de l’impérialisme. C’est en cela précisément que Monatte fut fidèle aux meilleures traditions du syndicalisme révolutionnaire. »
Trotsky explique que la conception des syndicalistes révolutionnaires d’une « minorité agissante » au sein de la CGT « était, par essence, une théorie incomplète du parti prolétarien. Dans toute sa pratique, le syndicalisme révolutionnaire était un embryon de parti révolutionnaire ; de même, dans sa lutte contre l’opportunisme, le syndicat révolutionnaire fut une remarquable esquisse du communisme révolutionnaire. » C’est donc notamment avec les syndicalistes révolutionnaires comme Monatte que l’Internationale communiste voulait former la section française. Pour cela il fallait dépasser la Charte d’Amiens. Appliquer la Charte d’Amiens après la révolution d’Octobre, c’était s’opposer à l’influence communiste dans les syndicats et donc dans la classe ouvrière. Le Quatrième Congrès de l’Internationale communiste a adopté en 1922 une résolution qui disait : « L’autonomie sous toutes ses formes, qu’elle soit anarchiste ou anarcho-syndicaliste, est une doctrine anticommuniste et la résistance la plus décidée doit lui être opposée ; le mieux qu’il puisse en résulter, c’est une autonomie par rapport au communisme et un antagonisme entre syndicats et partis communistes ; sinon c’est une lutte acharnée des syndicats contre le parti communiste, le communisme et la révolution sociale. »
Unité des syndicats, mais scission du parti avec les réformistes
Trotsky expliquait au Quatrième Congrès que les syndicats doivent englober des couches d’ouvriers plus larges que le parti, y compris s’ils ont « les préjugés les plus rétrogrades », par exemple les ouvriers catholiques. Si le syndicat ne comprenait que des communistes, « il n’aurait aucune valeur parce qu’il serait une répétition du parti » :
« L’importance du syndicat consiste en ce que sa majorité est ou doit être composée d’éléments qui ne sont pas encore soumis à l’influence d’un parti ». […]
« Les syndicats représentent une élite qui a besoin d’une direction d’idées ; ces idées ne sont pas spontanées, elles ne tombent pas du ciel ; il doit y avoir une continuité dans ces idées, il faut les justifier, les vérifier par l’expérience, les analyser, les critiquer et ce travail doit s’opérer dans le parti. Aujourd’hui, la grande objection que l’on nous oppose, c’est la subordination des syndicats au parti. Oui, nous voulons subordonner la conscience de la classe ouvrière aux idées révolutionnaires. C’est notre prétention. Il est tout à fait stupide de dire que nous pouvons agir par des pressions du dehors, par des pressions qui ne seraient pas fondées sur la volonté libre des ouvriers eux-mêmes, que le parti possède des moyens de pression à l’égard des syndicats, lesquels sont numériquement plus forts que lui – ou au moins devraient l’être. C’est la réaction de tous les pays qui a toujours répété que le parti et les syndicats veulent soumettre la classe ouvrière à leur volonté. »
Voyez notre Déclaration de principes :
« Les communistes cherchent à unifier le plus solidement possible la classe ouvrière contre les exploiteurs capitalistes ; nous sommes par conséquent opposés aux divisions par métiers dans le prolétariat, et sommes pour le syndicalisme industriel ; nous sommes opposés à la division de la classe ouvrière en syndicats concurrents basés sur des tendances politiques ou des groupes ethniques différents. Ceci est à contraster avec la tâche de l’avant-garde communiste qui est de clarifier et de rendre plus visibles les divergences entre les tendances politiques concurrentes de façon à en rassembler les cadres dans un parti léniniste. Du temps de Lénine, ces tâches politiques différentes étaient reflétées dans des formes organisationnelles différentes : le Comintern, composé de partis, représentait le programme politique bolchévique, seul programme révolutionnaire, et le Profintern [Internationale syndicale rouge] représentait la lutte pour l’unité de la classe ouvrière dans les syndicats. »
Ou, pour schématiser : parti = scission, syndicat = unité. Les réformistes font exactement l’inverse : ils divisent les travailleurs en syndicats concurrents qui brisent chacun les grèves de l’autre, bien qu’ils s’unissent « tous ensemble » avec la bourgeoisie dans des gouvernements capitalistes (front populaire ou pire). Par exemple les bureaucraties syndicales CGT, CFDT, SUD ont toutes appelé à voter Chirac.
Comparez maintenant avec les anarchistes de la CNT : ils séparent les ouvriers les plus militants des masses organisées dans la CGT, la CFDT ou ailleurs. Ce faisant ils laissent ces larges masses à la merci des bureaucraties syndicales, et contribuent ainsi à préserver l’emprise de la bureaucratie sur ces travailleurs. Trotsky écrivait au contraire : « La bureaucratie trade-unioniste est l’instru-ment le plus formidable de votre oppression par l’Etat bourgeois. Il faut arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie et, pour cela, il faut renverser son principal agent : la bureaucratie trade-unioniste. » Pour cela il faut créer des fractions communistes dans les syndicats, comme nous le soulignons dans notre Déclaration de principes.
On peut contraster cela aussi avec les pablistes de la LCR ; ils ont eu des positions importantes dans la bureaucratie de pas mal de syndicats CFDT. Ces dernières années, par exemple suite à la signature de l’accord des 35 heures chez Michelin par la direction régionale de la CFDT, ils ont simplement claqué la porte et fondé un nouveau syndicat, le SUD. On voit très bien sur les manifestations la faiblesse organisationnelle de SUD : une petite minorité de militants plus combatifs se retrouve isolée en-dehors de la grande masse des travailleurs qui, s’ils restent syndiqués, continuent à l’être auprès des anciennes grandes fédérations. Ces gens préfèrent diriger leur propre syndicat minoritaire sur une base politique réformiste plus combative, au lieu d’accepter d’être en minorité dans le syndicat. Trotsky insiste comment la tâche principale des communistes dans les syndicats est d’augmenter l’influence politique du parti. Il écrit :
« Le nombre des communistes aux postes de direction des syndicats n’est qu’un indice de l’influence du parti dans ces syndicats. Plus importante est l’estimation du pourcentage des militants communistes par rapport aux masses syndicalisées. Mais le critère principal est l’influence générale du parti sur la classe ouvrière, qui, elle, se mesure à l’ampleur de la circulation de la presse du parti, à l’affluence aux meetings organisés par le parti, au nombre des voix recueillies aux élections, et, par-dessus tout, au nombre des travailleurs et des travailleuses qui répondent aux appels à la lutte lancés par le parti. »
Comparez avec Luta Metalúrgica, le groupe brésilien avec lequel nous avons rompu en 1996 ; ces opportunistes syndicaux faisaient littéralement le contraire de tout cela : pas de presse du parti, mais ils avaient des postes syndicaux dans le syndicat des travailleurs municipaux de Volta Redonda dans l’Etat de Rio ; ils avaient acquis ces postes en enterrant leur programme politique au point de briguer les votes des flics qui représentaient une partie significative de la base du syndicat. Ils ont utilisé pour cela un ex-flic comme leur candidat aux élections syndicales ! Ces individus sans principes sont les grands héros prolétariens de l’IG (Internationalist Group), un groupe formé dans la deuxième moitié des années 1990 pour l’essentiel avec des déserteurs de nos rangs, qui, sous l’impact de la contre-révolution en URSS avaient abandonné la lutte pour un parti ouvrier révolutionnaire (voir le Bolchévik n° 140, automne 1996).
Pour des syndicats industriels !
La division de la classe ouvrière en plusieurs syndicats largement en fonction des convictions politiques, correspond à la conception bien ancrée en France que les grèves sont avant tout des manifs politiques, et non des actions ouvrières qui stoppent la production. Il s’agit de tactiques de pression extra-parlementaire, tout particulièrement quand la droite est au pouvoir, dans la perspective de ramener au gouvernement les réformistes ou le front populaire. C’est pourquoi quand nous parlons de syndicats industriels dans notre tract récent, nous lions ce point à la question des piquets de grève non filtrants.
Il y a vingt ans nous écrivions dans le Bolchévik (n° 37, février 1983), en faisant référence à Juin 36 : « Ce serait dans le cours de luttes semblables que de nouveaux organes ouvriers – des comités de grève et éventuellement des comités d’usine, les deux élus et révocables à tout moment – peuvent se forger comme base à l’unification du mouvement syndical, non par la fusion par magouilles au sommet des “lieutenants ouvriers du capital” mais en les chassant. » Une telle lutte est donc liée directement à la lutte pour une direction communiste dans les syndicats, sur la base de notre programme, contre les éléments centristes et pro-capitalistes qui transmettent l’idéologie bourgeoise. En 1922 en France le réformiste Jouhaux fit une scission anticommuniste de la CGT. Le PC établit alors son propre syndicat, la CGTU, qui faisait de l’agitation pour la réunification des syndicats. Trotsky écrivait en septembre 1922 :
« La scission des organisations syndicales en France menée pour des raisons politiques par Jouhaux et Cie est un crime tout aussi grave que la conduite de cette clique durant la guerre. Toute tendance ou doctrine a la possibilité de créer son propre groupement au sein de la classe ouvrière. Mais les syndicats sont les organisations de base de la classe ouvrière et l’unité des organisations syndicales est dictée par la nécessité de défendre les intérêts et les droits les plus élémentaires des masses laborieuses. Une scission des organisations syndicales pour des raisons politiques représente tout à la fois une trahison de la classe ouvrière et la confession de sa propre faillite. C’est seulement en isolant une petite partie de la classe ouvrière des groupes révolutionnaires – avec une scission – que Jouhaux et Cie pourraient espérer retenir un peu plus longtemps leur influence et leur organisation. Mais pour cette même raison, les syndicats réformistes ont cessé d’être des syndicats, c’est-à-dire des organisations de masse des travailleurs, et ils sont devenus à la place un parti politique camouflé de Jouhaux et Cie. »
Mais l’unité syndicale n’est pas un fétiche. Un exemple que reprend Trotsky, et qui a constitué un pilier fondamental de la formation de l’Opposition de gauche internationale, c’est le Comité anglo-russe de 1926 : il fallait rompre ce comité qui légitimait politiquement les bureaucrates syndicaux britanniques au moment de la trahison de la grève générale. Mais en général il faut rejeter sur les réformistes la scission ; et c’est bien logique que ce soit eux et pas nous qui cherchions la scission, puisque de cette manière ils isolent les révolutionnaires des masses travailleuses contrôlées par la bureaucratie syndicale. Plus le syndicat regroupe de larges masses, plus largement les communistes pourront lutter pour accroître leur influence parmi les travailleurs.
LO et la grève de Renault de 1947
La CGT réunifiée était dominée au sortir de la guerre par le PCF, étant donné que les autres tendances étaient compromises dans la collaboration sous Vichy avec les nazis. Avec la guerre froide contre l’Union soviétique la CIA organisa et finança en 1947-1948, avec l’appui de la social-démocratie, une scission anticommuniste de la CGT, Force ouvrière (voir le Bolchévik n° 59, décembre 1985). La trajectoire politique de Monatte l’a amené à cette époque à Force ouvrière, mais cela n’a pas empêché Barta, le fondateur du groupe dont est issue LO, de prendre conseil auprès de lui lors de la grève de Renault d’avril-mai 1947.
C’était une grève importante dont des militants de LO ont été à l’origine. Le PCF était alors dans le gouvernement et il a fait tout son possible pour attaquer les militants de LO et briser la grève. Le PCF a échoué et il s’est fait jeter hors du gouvernement. Le crime ne paie pas ! Robert Barcia, alias Hardy, le dirigeant historique de LO après Barta, raconte dans son livre la Véritable histoire de Lutte ouvrière qu’à cette époque Monatte a conseillé aux militants de l’UC (prédécesseurs de LO) lors de la grève de 1947 de sortir de la CGT et de créer leur syndicat indépendant. Barcia écrit : « Combattre au sein de la CGT aurait été possible et nécessaire en période de grande mobilisation des travailleurs, mais c’était voué à l’échec alors que l’enthousiasme retombait. En outre, rester à la CGT privait les militants, même s’ils représentaient l’immense majorité de leurs camarades de travail, de toute possibilité d’expression, ne serait-ce que du fait de la discipline syndicale. » Donc LO a créé son propre petit syndicat, qui lorsqu’il a pu participer aux élections de délégués du personnel en juin 1949, réunissait 1 283 voix sur 22 674 votants, soit moins de 6 % des voix. Un petit SUD en quelque sorte, avec Barcia qui déclare qu’ils ne sont pas pour créer des syndicats révolutionnaires, que le SDR était un syndicat revendicatif « comme tout syndicat ».
Lors de la grève Renault de 1947 la première chose que les prédécesseurs de LO ont faite c’est de liquider le parti pour construire le syndicat : « A la mi-mai 1947, Barta cessa de faire paraître La Lutte de classes, le journal politique, étant donné les tâches énormes pendant les semaines qui suivirent la grève. Seule La Voix des travailleurs de chez Renault, une feuille imprimée recto verso, format A3, continua alors de paraître. [¼] Bien sûr, les camarades avaient parfaitement compris l’interruption de La Lutte de classes lors de la grève, car la faire paraître devenait une tâche impossible pour Barta, et cette disparition était secondaire par rapport aux urgences d’une situation qui évoluait de jour en jour, chez Renault et dans le pays. » En fait la Lutte de classe n’a pas reparu pendant un an et demi ! Et le résultat : LO n’a recruté personne de cette action chez Renault.
C’est là un exemple concret de liquidation du parti dans le travail syndical. Parfois nous disons que Lutte ouvrière est un groupe syndicaliste sur la question du parti. Evidemment on voit une expression de cela dans leur propagande actuelle ; leur journal se limite strictement à prôner la combativité ouvrière. Ils font pratiquement disparaître même toute critique de la bureaucratie syndicale, leur ligne étant que la combativité de la base peut forcer les bureaucraties à diriger la lutte jusqu’au retrait du plan Raffarin. Dans leur éditorial de cette semaine ils vont même jusqu’à prôner la confiance dans la bureaucratie de la CGT au moment même où aux yeux de tous les travailleurs dans les entreprises en lutte elle freine le mouvement gréviste des quatre fers :
« Les directions syndicales, qui appellent aux journées de manifestations, et maintenant à poursuivre le mouvement et à une nouvelle journée le 10 juin, entraînent à la lutte. Mais elles ne proposent pas clairement d’obliger le gouvernement à ravaler tous ses projets. »
– Lutte Ouvrière, 6 juin
Trotsky et la grève générale
Face à ce plat réformisme les appels grandiloquents à la grève générale peuvent paraître plus radicaux. Certains d’entre vous ont entendu Arlette Laguiller à la fête de LO argumenter qu’il ne faut pas une grève générale mais une « généralisation du mouvement ». Le dirigeant de LO Barcia, alias Hardy, est plus direct encore : « c’est une ânerie » (le Monde, 10 juin). Mais il y a un fort sentiment, y compris parmi les militants de Lutte ouvrière, pour avancer le mot d’ordre de la grève générale. Tout le reste de la gauche, de la LCR à Socialisme par en bas, à la Gauche révolutionnaire et aux anarchistes de la CNT, crient le plus fort qu’ils peuvent à la grève générale. Surtout les pablistes de la LCR, et comme nous le disons dans notre tract c’est vraiment grotesque que les pablistes, qui ont voté Chirac et il y a encore moins de deux mois le soutenaient pour sa politique irakienne, proclament maintenant la grève générale comme le « troisième tour ».
Dans « Encore une fois, où va la France » (1935), Trotsky écrit :
« L’importance fondamentale de la grève générale, indépendamment des succès partiels qu’elle peut obtenir, mais aussi ne pas obtenir, réside dans le fait qu’elle pose de façon révolutionnaire la question du pouvoir. En arrêtant les usines, les transports, de façon générale les moyens de liaison, les stations électriques, etc., le prolétariat paralyse par cela même non seulement la production mais également le gouvernement. Le pouvoir d’Etat reste suspendu en l’air. Il doit, soit dompter le prolétariat par la faim et par la force, en le contraignant à remettre de nouveau en mouvement la machine de l’Etat bourgeois, soit lui céder la place.
« Quels que soient les mots d’ordre et le motif pour lesquels la grève générale a surgi, si elle entraîne les véritables masses, et si ces masses sont bien décidées à lutter, la grève générale pose inévitablement devant toutes les classes de la nation la question : qui va être le maître de la maison ? »
Une grève générale c’est inévitablement une confrontation politique avec l’Etat bourgeois. Par exemple Mai 68 posait la question à brûle-pourpoint : le pouvoir à quelle classe ? Mais actuellement on a plutôt l’habitude des journées d’action d’un jour qui ne sont au fond guère plus qu’une grande manifestation avec débrayage, où le lendemain beaucoup d’ouvriers retournent à leur poste de travail et les militants qui veulent poursuivre la bataille de classe se font abandonner par les dirigeants syndicaux. Une grève générale qui se prolonge pose la question qu’il faut décider de laisser fonctionner certains secteurs de l’économie à un certain niveau pour assurer la survie de la population. Les éboueurs de Marseille ont par exemple ramassé les ordures dans les quartiers nord où habitent les travailleurs, et laissé pourrir les ordures dans les quartiers riches. Donc le comité dirigeant la grève générale décide d’autoriser certains camions pour livrer des produits de première nécessité, il y a un service minimum parmi les hôpitaux et les pompiers décidé par les grévistes, certains moyens de transport doivent être autorisés pour transporter les piquets volants, etc. C’est-à-dire les grévistes gouvernent en embryon l’éco-nomie.
C’est pour cela que nous ne jouons pas à la légère avec ce mot d’ordre. Trotsky expliquait que, face à une grève générale, le gouvernement peut prendre peur et faire à l’avance des concessions, mais par définition ce sont des concessions qui bien sûr demeurent dans le cadre du capitalisme, et donc par définition excluent des revendications stupides à la LO/LCGR comme l’interdiction des licenciements. C’est-à-dire une telle grève générale ne résout rien de fondamental. Le gouvernement cède et la fin de la grève générale lui permet de rassembler ses forces pour la contre-attaque.
Deuxième possibilité : si l’armée est suffisamment sûre et si la grève générale est seulement conçue pour « faire peur » à l’ennemi (une formule que reprendrait volontiers LO, puisque son programme maximum c’est que la classe ouvrière fasse peur aux bourgeois pour leur arracher des concessions), dans ce cas Trotsky dit que la grève peut facilement se transformer en simple aventure et révéler sa totale impuissance et s’achever dans la répression. Vous avez par exemple la grève de décembre 1938 qui entre dans cette catégorie. Ce sont les pablistes qui, avec leur vote pour Chirac et avec leurs demandes que l’impérialisme français oppose un veto à l’ONU contre Bush, ont contribué à ce que le gouvernement se sente aussi sûr de lui pour attaquer d’abord les sans-papiers et ensuite l’ensemble des travailleurs.
Soit enfin il y a la grève générale qui « mène directement aux barricades », c’est-à-dire le prélude à l’insurrection, menant soit à la défaite soit à la victoire. Un petit groupe de propagande de combat trotskyste sait qu’une condition clé pour la victoire c’est un parti bolchévique dirigeant la majorité des secteurs clés du prolétariat, et par conséquent il est hautement irresponsable et aventuriste de se lancer là-dedans si on sait que ce parti reste à construire. Le parti allemand a essayé en 1921 et cela a été un fiasco complet.
Donc vous voyez que la question de la grève générale fait directement partie de la stratégie révolutionnaire ; quand des réformistes comme la LCR la soulèvent c’est uniquement pour manipuler la colère et la combativité des travailleurs pour mieux se positionner comme des partenaires incontournables du prochain front populaire. Le culot de la LCR va jusqu’à dire : « Grève générale ! Faire céder le gouvernement c’est possible ». Mais c’est eux qui ont mis en place ce gouvernement ! Les pablistes utilisent cyniquement le ressentiment des travailleurs vis-à-vis des tactiques démobilisatrices des bureaucrates. Comme nous l’expli-quons dans notre tract (voir en dernière page) nous sommes pour élargir et unifier la lutte pour écraser le plan du gouvernement de démanteler les retraites, pour unifier les travailleurs et les chômeurs dans une lutte pour du travail pour tous, pour faire partir en grève le prolétariat du secteur privé avec sa forte composante d’origine immigrée. Notre objectif est d’élever le niveau de conscience des masses travailleuses, en montrant que leurs besoins ne peuvent être satisfaits que par la prise du pouvoir d’Etat par le prolétariat et l’expropriation de la bourgeoisie.
Et pour commencer nous ne cessons de revenir aux points fondamentaux du marxisme sur la division de la société en deux classes irréconciliables, avec l’Etat non pas comme garant de l’harmonie sociale et de la justice, mais comme force de coercition, possédant le monopole de la force armée, pour maintenir les exploités et les opprimés à leur place dans la société capitaliste. D’où notre opposition à Vigipirate et la question des piquets de grève comme embryon des milices ouvrières. A l’époque impérialiste il y a une tendance croissante à l’intégration des syndicats à l’Etat bourgeois, que ce soit sous la forme de la présence de la police dans les rangs des syndicats, ou que ce soient les subventions massives de l’Etat bourgeois pour les appareils syndicaux ; ces subventions représentent l’essentiel du budget des syndicats et affranchissent l’appareil de la nécessité de recruter des membres cotisants au syndicat. Qui paie les violons choisit la musique ! Nous luttons pour l’indépendance des syndicats par rapport à l’Etat. Comme le rapporte notre camarade Xavier sur son intervention lors du meeting sur les grèves dans les transports à la fête de LO cette année :
« J’interviens pour le journal le Bolchevik, journal qui, comme vous le savez, est interdit de stand à la fête de LO. Le premier point que je voudrais faire est sur la combativité. Face à de telles attaques, la classe ouvrière ne peut être que combative. Et ces attaques ne se passent pas seulement en France, mais aussi dans toute l’Europe. La classe ouvrière lutte aussi en Autriche, en Allemagne, en Italie. Mais la combativité, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante. Si la combativité était suffisante, il y a longtemps que la révolution aurait eu lieu. Déjà cette combativité devrait être organisée pour arrêter la production. Comme en a parlé le camarade de Juvisy, des piquets de grève, non pas à la française, mais de vrais piquets qui bloquent la production, où personne ne passe, devraient être mis en place. La grève ce ne doit pas être seulement de sempiternelles manifestations de rue, mais ce doit être l’arrêt de la production. Mais les quelques piquets de grève qui ont été mis en place sur les dépôts de bus ont été immédiatement attaqués. Le gouvernement et la direction ont envoyé les CRS et les flics pour les casser. Ces chiens de garde ont été envoyés par les patrons. Aussi quand, il y a un an, les flics se sont mis en grève pour avoir de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, on a vu toute la gauche, y compris Lutte ouvrière, les soutenir. On voit le résultat aujourd’hui. Non seulement ils attaquent les piquets, mais dans toutes les manifestations, à Paris comme en province, on les voit parader comme « syndiqués ». Mais la classe ouvrière devrait se mobiliser pour les foutre dehors. Les AG de grévistes devraient discuter comment mettre hors des manifestations ces flics.
« Un deuxième point que je veux soulever, c’est la question immigrée. Tous les jours les cheminots défilent dans les gares. Ils croisent les travailleurs africains ou maghrébins du nettoyage. Mais aucune revendication n’est discutée dans les AG pour qu’ils rejoignent la grève. Comme ceux-ci n’ont pas l’ « honneur » d’avoir une carte d’identité française ou d’être européens, ils ne peuvent pas bénéficier du statut des fonctionnaires. Ce statut est un statut raciste [le chahut commence]. Il faut se battre pour que ces ouvriers puissent bénéficier du statut. [Chahut énorme, micro coupé.]
« Le travail des révolutionnaires est de construire un parti révolutionnaire qui va changer la conscience de la classe ouvrière. C’est en intervenant sur la question des flics ou la question immigrée qu’on va changer la conscience de la classe ouvrière. »
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/Syndicats-164.html
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